3 questions à…Edouard Hénaut, Directeur général France de Transdev

11 juin 2026 Transports et mobilités

Comment désenclaver les petites villes ? Cette question, véritable serpent de mer de l’aménagement du territoire, a été posée cette semaine par la Lettre des Petites Villes à Edouard Hénaut, Directeur général France de Transdev, partenaire de l’APVF.

1/ En ce début de mandat, l’enjeu du désenclavement demeure central pour de nombreuses petites villes. Quelles recommandations formuleriez-vous aux nouveaux maires et présidents d’intercommunalités ?

Le désenclavement doit être appréhendé comme une politique de mobilité du quotidien, au service de l’emploi, du pouvoir d’achat et de la cohésion sociale des territoires. Je tiens à remercier à ce titre l’APVF et son Président, Christophe Bouillon, pour leur confiance et leur engagement auprès de Transdev sur l’ensemble de ces enjeux depuis plusieurs années.

Dans beaucoup de petites villes, les difficultés tiennent le plus souvent au décalage entre l’offre de transport et les pratiques réelles, notamment pour les déplacements vers les bassins d’emploi. Il convient donc de partir des besoins effectifs des habitants pourmettre le bon mode, au bon endroit, au bon moment.

C’est précisément le sens de Geonexio, que nous avons développé chez Transdev : un outil qui analyse finement les flux de déplacements, à partir de données mobiles anonymisées et des caractéristiques économiques, sociologiques, géographiques des territoires pour apporter des réponses très opérationnelles. L’objectif est clair : mieux comprendre pour mieux agir.

Dans cette perspective, nous pensons que l’enjeu de la mandature est de bâtir une réponse pragmatique et efficiente aux mobilités du quotidien pour renforcer l’accès à l’emploi, le pouvoir d’achat et la cohésion territoriale.

Les collectivités peuvent également s’appuyer sur les retours d’expérience de territoires comparables, notamment ceux dont Transdev exploite les réseaux, y compris dans plusieurs villes adhérentes de l’APVF. À titre d’exemple, nous accompagnons des collectivités dans la mise en place de liaisons interurbaines qui desservent toutes les typologies de territoires, comme entre Pont‑Audemer et Le Havre, de Créon vers la Métropole de Bordeaux ou encore entre Troyes, Châlons‑en‑Champagne et Reims. Ces modes sont plébiscités par les usagers, leur efficacité fait leur succès au quotidien, et ces lignes essèment toujours plus largement dans les territoires convaincus de leur nécessité. Elles permettent également de partager des bonnes pratiques en matière d’organisation de l’offre et de qualité de service.

2/ Un des principaux enjeux sera le développement de l’intermodalité. Comment Transdev peut-il y contribuer ?

Le développement de l’intermodalité constitue un levier central pour améliorer les mobilités du quotidien, en particulier hors des grandes métropoles. Transdev accompagne les collectivités dans la conception et l’exploitation de solutions multimodales adaptées à la diversité des territoires, en lien étroit avec les élus locaux et dans une logique de partenariat durable.

Notre conviction est claire : La voiture restera présente. L’enjeu, c’est de proposer des solutions alternatives crédibles, compétitives et simples, notamment pour les trajets domicile-travail.

Dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du ferroviaire régional par exemple, Transdev agit pour produire un choc d’offre soutenable et renforcer son attractivité.

Ce mode doit s’inscrire dans un système global, avec des cars express pour connecter les bassins de vie, des réseaux de bus adaptés et des solutions de premier et dernier kilomètre, comme les vélos par exemple.

Enfin, l’intermodalité ne fonctionne que si elle est simple pour l’usager : information lisible, tarification intégrée et parcours fluides sont les conditions de son appropriation au quotidien.

3/ Des investissements importants sont nécessaires, dans un contexte contraint pour les finances publiques. Quels sont selon vous des leviers de financement à privilégier ?

Le début de mandat constitue une étape décisive pour définir les priorités d’investissement en matière de mobilités. Dans un contexte budgétaire contraint, les collectivités doivent privilégier des choix ciblés, orientés vers l’efficacité de l’offre au regard des besoins réels.

Un premier levier consiste à mieux orienter les ressources existantes, notamment en affectant une part des recettes issues des futures concessions autoroutières au financement des infrastructures du quotidien, routières comme ferroviaires.

Les Certificats d’économies d’énergie (CEE) constituent également un levier concret, encore insuffisamment mobilisé dans les transports publics. Il s’agit d’un dispositif financé par les fournisseurs d’énergie, qui permet de soutenir des projets générant des économies d’énergie, sans peser directement sur les finances publiques.

Concrètement, une collectivité peut mobiliser des CEE pour contribuer au financement de l’acquisition de bus propres ou de l’installation d’infrastructures de recharges. Cela peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros par véhicule, et ainsi réduire de manière significative le reste à charge pour la collectivité dans la transition énergétique de sa flotte de transport public.

Dans un contexte de contraintes budgétaires fortes, ce type de dispositif peut être déterminant pour engager ou accélérer un projet de mobilité. Les collectivités intéressées peuvent se rapprocher de nos équipes pour bénéficier d’un accompagnement et de retours d’expérience concrets sur la mobilisation de ces financements.

Par ailleurs, la mobilisation des financements européens, notamment via les mécanismes ETS et le Fonds social pour le climat, apparaît essentielle pour accompagner le développement d’offres bas carbone accessibles, en particulier pour les ménages dépendants de la voiture.