Dans un rapport publié le 9 septembre 2026, la Fondation Jean-Jaurès défend l’« électro-puissance » comme une stratégie de réindustrialisation et de souveraineté, fondée sur l’électrification massive de l’économie, la décarbonation de l’énergie et le développement d’une industrie française et européenne.
Le rapport « Électro-puissance. Le choix français de la réindustrialisation et de la protection », de la Fondation Jean Jaurès, part d’un paradoxe : la France dispose d’une électricité à 95 % décarbonée, notamment grâce au nucléaire et à la progression des renouvelables, mais reste fortement dépendante du pétrole et du gaz. Ces énergies fossiles représentent encore près de 60 % de la consommation finale, tandis que l’électricité n’en constitue qu’environ 27 %. Cette dépendance expose les ménages et les entreprises aux crises géopolitiques et aux fluctuations des prix. En 2025, chaque ménage français aurait ainsi consacré en moyenne 450 euros à l’importation de pétrole et de gaz.
Les auteurs, Neil Makaroff, Tristan Beucler et Marin Gillot, proposent donc de faire de la France une « électro-puissance », en électrifiant massivement le chauffage, les transports et l’industrie. L’objectif serait de porter la part de l’électricité à 40 % de la consommation énergétique d’ici la fin du prochain quinquennat, puis à 50 % en 2040. Cette stratégie permettrait de réduire la vulnérabilité des ménages : jusqu’à 8 millions de logements pourraient sortir du chauffage fossile et 7 millions d’automobilistes basculer vers des véhicules électriques d’ici 2032. Les économies pourraient atteindre 3 120 euros annuels pour les ménages cumulant pompe à chaleur et véhicule électrique.
Cette électrification est aussi présentée comme un levier majeur de réindustrialisation. Les filières de la décarbonation représentent déjà 168 272 emplois industriels sur près de 160 sites. Batteries, pompes à chaleur, véhicules électriques, éolien et équipements électriques pourraient porter ces effectifs à 354 778 emplois en 2032, soit environ 3 100 créations par mois. La réindustrialisation verte favoriserait en outre des territoires industriels en reconversion, notamment dans les Hauts-de-France, le Grand Est, les Pays de la Loire et la Bretagne.
Pour réussir, le rapport préconise d’accélérer le solaire et l’éolien, de développer les réseaux et le stockage, tout en poursuivant la relance du nucléaire. Il propose également une politique industrielle privilégiant le « made in Europe ». Enfin, un plan « France 2040 » de 52 milliards d’euros d’ici 2030 financerait l’électrification, notamment grâce aux recettes des marchés carbone, à l’épargne réglementée et à des contributions des énergéticiens. Le message central est donc que décarbonation, souveraineté énergétique, pouvoir d’achat et réindustrialisation constituent un même projet politique.
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