Projet de loi agricole : l’équilibre de la politique de l’eau menacé

25 juin 2026 Transition écologique et énergétique

Alors que le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles poursuit son examen parlementaire, plusieurs de ses dispositions suscitent de fortes inquiétudes chez les acteurs de l’eau, les collectivités territoriales et les organisations engagées dans la préservation de la ressource.

Dans un contexte marqué par l’intensification des épisodes de sécheresse, la dégradation de nombreux captages d’eau potable et les conséquences déjà visibles du changement climatique, plusieurs mesures du texte interrogent quant à leur compatibilité avec les objectifs de préservation de la ressource en eau.

Les chiffres témoignent de l’ampleur des enjeux. En France, près d’un tiers des 33 000 captages d’eau potable présentent des teneurs préoccupantes en polluants, principalement liés aux pesticides et aux fertilisants. Chaque année, une centaine de captages sont abandonnés en raison de pollutions devenues trop complexes ou trop coûteuses à traiter. Dans le même temps, les tensions quantitatives sur la ressource s’accentuent dans la quasi-totalité des bassins versants.

Parmi les dispositions les plus discutées figurent l’assouplissement de certaines règles de protection des zones humides, la réforme du cadre de protection des captages d’eau potable, la facilitation du développement d’ouvrages de stockage d’eau à usage agricole ainsi que des évolutions de la gouvernance locale de l’eau. Plusieurs acteurs estiment que ces mesures pourraient fragiliser les politiques de prévention mises en œuvre depuis de nombreuses années afin de protéger durablement la qualité des ressources en eau.

Les inquiétudes portent également sur le risque d’un déséquilibre accru entre les différents usages de l’eau. Si les besoins du monde agricole doivent naturellement être pris en compte, la gestion de la ressource doit également garantir l’alimentation en eau potable des populations, le bon fonctionnement des services publics locaux, les besoins des activités économiques ainsi que la préservation des milieux naturels.

Pour les collectivités, cette question est loin d’être théorique. Elles sont en première ligne pour assurer la production et la distribution d’une eau potable conforme aux exigences sanitaires. Toute dégradation supplémentaire de la qualité de la ressource se traduit mécaniquement par des investissements plus importants, des coûts de traitement plus élevés et, à terme, une pression accrue sur la facture des usagers.

Au-delà des débats techniques, c’est donc une question d’équilibre qui est posée. La souveraineté alimentaire constitue un objectif légitime et nécessaire. Mais elle ne saurait se construire au détriment d’une ressource qui conditionne l’ensemble des activités humaines et économiques. L’eau est un bien commun dont la préservation doit demeurer au cœur des politiques publiques.

Face aux défis climatiques, démographiques et économiques des prochaines décennies, de nombreux acteurs appellent ainsi à préserver les outils de protection de la ressource et à renforcer une gestion concertée de l’eau, conciliant l’ensemble des usages et des besoins des territoires.