3 questions à… Eric Chenut, Président de la Mutualité Française

Cette semaine La lettre des Petites Villes pose 3 questions à Eric Chenut, Présidente de Mutualité Française, pour mieux comprendre enjeux liés à l’accès aux soins et à la prévention dans les territoires.

  1. Quel rôle joue aujourd’hui la Mutualité Française auprès des collectivités locales, et en particulier des petites villes, pour renforcer l’accès aux soins et la prévention ?

Historiquement, le Mouvement mutualiste s’est fédéré en partant des réalités territoriales et non nationalement. Cela lui a permis de faire continuellement évoluer ses services pour répondre concrètement aux besoins exprimés par les citoyens.

Aujourd’hui, avec plus de 30 millions de personnes protégées, 440 mutuelles fédérées, 3 000 services de soins et d’accompagnement mutualistes (établissements d’hospitalisation, centres d’audition, Ehpad, crèches, etc.), plus de 25 000 actions de prévention en proximité, les militants et salariés mutualistes contribuent directement à l’accès aux soins sur les territoires hexagonaux et ultramarins.

A l’heure où 65% des Français déclarent avoir dû renoncer à des soins de santé au cours des 12 derniers mois (Carnet de santé de la Mutualité Française, 2025) et où les transitions démographique, environnementale et numérique bouleversent notre modèle de Protection sociale, les 17 unions régionales de la Mutualité Française la positionne comme un acteur éthique et performant du système de santé partout sur les territoires.

Pour renforcer l’accès aux soins et la prévention, le rôle des collectivités territoriales et particulièrement des villes est essentiel. Par les différentes politiques publiques qu’elles mettent en œuvre, elles ont un impact majeur sur les déterminants de santé : cadre scolaire, infrastructures des mobilités et transports, logements, infrastructures sportives, etc.

  1. Quelles difficultés spécifiques observez-vous dans ces territoires (déserts médicaux, renoncement aux soins, fragilités sociales) et quelles solutions concrètes peuvent être mises en œuvre avec les acteurs locaux ?

En France, 87% de la population vit dans un désert médical et 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Au niveau national, les Français habitant en zone rurale et dans de petites agglomérations sont plus directement concernés par les difficultés d’accéder à un médecin généraliste (respectivement 43% et 42%), contrairement aux habitants de l’agglomération parisienne (25%) par exemple.

Face à ces enjeux, la Mutualité Française propose de faire des collectivités territoriales les moteurs d’une politique de santé adaptée, juste et ambitieuse. Concrètement, cela doit passer par :

  1. Le soutien d’une structuration d’une offre coordonnée de premier recours, notamment en développant les équipes de soins traitantes. Celles-ci permettent d’associer professionnels médicaux, paramédicaux et pharmaciens avec les objectifs de renforcer le partage de compétences, d’optimiser les ressources médicales et de favoriser la prise en charge globale et coordonnée des patients.
  2. Le renforcement du rôle des collectivités territoriales en tant qu’acteurs de la santé publique et de la cohésion sociale : c’est une condition pour favoriser l’accès aux soins et réunir l’ensemble des acteurs de la santé autour d’elles sur les territoires.
  3. La garantie d’un accès au service d’accueil de la petite enfance et d’un accompagnement à la hauteur des enjeux du grand âge.

Plus largement, un investissement dans la prévention et l’éducation à la santé devrait être soutenu pour : faire de la prévention en santé mentale une priorité locale, former les agents publics aux premiers secours en santé mentale et renforcer l’activité physique et le sport-santé.

Pour relever ces défis, l’ensemble des acteurs de santé du territoire (mutuelles, professionnels de santé, établissements publics, financeurs, etc.) doivent travailler de concert au service des populations.

  1. Vous avez lancé les États généraux de la santé : quels en sont les objectifs et comment les collectivités peuvent-elles s’inscrire dans cette dynamique pour faire émerger des réponses adaptées aux territoires ?

Notre modèle social est à la croisée des chemins, le statut quo n’est plus possible.

Les débats politiques actuels se cantonnent à aborder l’année en cours ou celle à venir, or nous dépensons 330 milliards d’euros chaque année pour notre santé : cela ne mérite-il pas la coconstruction d’une stratégie nationale, dotée d’une vision pluriannuelle des financements ? Les premiers contributeurs à notre système de santé en sont aussi les premiers bénéficiaires : les assurés sociaux. Pourtant, nous ne les questionnons jamais sur leurs besoins, leurs attentes et ce à quoi ils sont prêts. N’est-ce pas une condition de l’acceptabilité sociale que de leur donner la parole ?

Fort de ces constats, plus de 50 organisations de la société civile, dont l’APVF, se réunissent pour piloter des Etats Généraux de la Santé et de la Protection sociale. La première phase, une consultation nationale ouverte sur placedelasante.fr du 17 novembre 2025 au 17 février 2026 a été une réussite inédite : plus de 75 000 assurés sociaux et professionnels de santé et de l’accompagnement nous ont fait part de leurs attentes et priorités.

La démarche entre désormais dans une phase d’ateliers territoriaux (hexagonaux et ultramarins) permettant de formuler des propositions en réponse aux attentes citoyennes et professionnelles exprimées. Notre objectif : aboutir à l’automne 2026 à un panel de propositions systémiques et cohérentes permettant de rendre notre Protection sociale plus soutenable et solidaire, notamment à l’aube des échéances électorales de 2027.

Crédit photo : FNMF – Hervé Thouroude 

Vieillissement : les petites villes en première ligne pour accompagner le « bien vieillir »

À l’invitation de France Silver Eco, un webinaire consacré à l’adaptation des territoires au vieillissement a réuni, le 9 février, élus et experts autour d’un constat partagé : le « bien vieillir » est devenu un enjeu central pour l’action publique locale. À cette occasion, Nathalie Nieson, Vice-présidente trésorière de l’APVF et Maire de Bourg-de-Péage, a souligné le rôle clé des petites villes et de leurs centres communaux d’action sociale dans l’accompagnement de proximité des aînés.

Réunis le 9 février en visioconférence, élus et experts ont d’abord partagé les résultats d’une étude d’opinion conduite avec la Fondation Jean Jaurès, Verian Group et le média L’Opinion. Celle-ci montre que le vieillissement de la population est désormais pleinement identifié comme un sujet de préoccupation collective et que les attentes se portent prioritairement vers des réponses locales, accessibles et humaines. L’étude confirme surtout un point central : la mairie et le CCAS demeurent les interlocuteurs de référence pour accompagner les habitants tout au long de l’avancée en âge.

Pour l’APVF, ce constat reflète pleinement la réalité du terrain. « Dans les petites villes, la mairie et le CCAS constituent la première porte d’entrée des habitants » constate Nathalie Nieson. Aide administrative, coordination des services à domicile, lutte contre l’isolement, adaptation du logement et actions de prévention structurent une intervention quotidienne au service de l’autonomie. Plus l’accompagnement est anticipé, plus le maintien à domicile est durable.

La Vice-présidente trésorière de l’APVF a insisté sur une approche globale du vieillissement. Bien vieillir, c’est pouvoir rester chez soi tout en continuant à se déplacer, accéder aux soins ET conserver des liens sociaux. Cela suppose d’articuler politiques sociales, aménagement, mobilités et santé, en lien étroit avec les partenaires locaux et l’intercommunalité.

La prévention constitue également un levier essentiel. Repérage précoce des vulnérabilités physiques et psychologiques, vigilance sur la fragilité nutritionnelle, information des usagers et pédagogie adaptée doivent être renforcés. L’accès aux soins, devenu un sujet central des municipales, doit s’inscrire dans cette logique d’anticipation.

Un des principaux défis du prochain mandat sera de concevoir des villes où chacun trouve sa place, grâce à des projets intergénérationnels qui favorisent la solidarité, le respect et la cohésion sociale.

Enfin, Nathalie Nieson a rappelé que les communes constituent des vigies de proximité et des acteurs pleinement opérationnels du « bien vieillir », capables d’apporter des réponses concrètes et immédiates aux besoins des habitants. Les prochaines échéances municipales doivent permettre d’inscrire le vieillissement comme un véritable projet de territoire, au service de la qualité de vie de tous. Cette ambition sera au cœur des échanges lors des Assises des Petites Villes, organisées à Château-Thierry les 18 et 19 juin prochains.

Télécharger l’étude

Assises de la télémédecine : une première feuille de route nationale dévoilée

Après une année de concertation et de travaux menés à l’échelle nationale, les Assises de la télémédecine se sont achevées fin janvier 2026. Cette démarche, pilotée par l’Assurance maladie et le ministère chargé de la Santé, a abouti à la présentation d’une première feuille de route nationale pour la période 2026-2028, visant à encadrer et structurer le développement des usages de la télémédecine sur l’ensemble des territoires.

Organisées tout au long de l’année 2025, les Assises de la télémédecine ont réuni l’ensemble des acteurs concernés par le déploiement de la télémédecine : professionnels de santé, représentants des usagers, structures de soins, acteurs institutionnels et opérateurs du numérique en santé. Sept ateliers régionaux, organisés en métropole et en Outre-mer, ont permis d’identifier les principaux freins et leviers au développement de la téléconsultation et de la téléexpertise, ainsi que les conditions nécessaires à une meilleure appropriation de ces outils par les patients comme par les professionnels.

Les échanges ont fait ressortir un constat partagé : si la télémédecine constitue un levier utile pour améliorer l’accès aux soins, notamment dans les territoires confrontés à une offre médicale insuffisante, elle ne peut être envisagée comme une réponse uniforme ou exclusivement technique. Son efficacité repose sur son inscription dans des parcours de soins coordonnés, lisibles et territorialisés, ainsi que sur une attention particulière portée aux publics les plus vulnérables ou éloignés du numérique.

Le 26 janvier 2026, la ministre chargée de la Santé a présenté les principaux axes de la première feuille de route nationale dédiée à la télémédecine pour la période 2026-2028. Celle-ci prévoit notamment un assouplissement ciblé du plafond d’activité en télémédecine, le renforcement de la téléconsultation assistée par des professionnels de santé, un encadrement renforcé de l’implantation des cabines de téléconsultation, le déploiement de la téléexpertise au sein des structures de coordination territoriale, ainsi qu’une meilleure identification des équipements accessibles aux personnes en situation de handicap.

Dans leur ensemble, ces annonces traduisent une volonté de mieux structurer le recours à la télémédecine et d’en améliorer la qualité, en évitant les usages isolés ou insuffisamment intégrés à l’organisation des soins. Elles confirment également que le principal enjeu du développement de la télémédecine est désormais organisationnel et territorial, au-delà de la seule innovation technologique.

Pour les petites villes, directement confrontées aux tensions croissantes sur l’offre de soins de proximité, les enseignements des Assises de la télémédecine revêtent une importance particulière. La télémédecine peut constituer un levier utile pour améliorer l’accès aux soins, à condition d’être pensée comme un outil complémentaire, inscrit dans des organisations territoriales coordonnées et adossé à des équipements et des accompagnements humains adaptés. La mise en œuvre de la feuille de route 2026-2028 devra ainsi tenir compte des réalités des petites villes, tant en matière de démographie médicale que de fracture numérique et de capacités d’ingénierie locale, afin d’éviter une réponse déconnectée des besoins du terrain.

Grève des médecins libéraux : un mouvement national qui accentue les tensions sur l’accès aux soins

Depuis le 5 janvier, les médecins libéraux sont engagés dans un mouvement de grève nationale qui doit se poursuivre jusqu’au 15 janvier. Fermetures de cabinets, manifestations et perturbations de l’activité médicale marquent cette mobilisation, qui intervient dans un contexte de fortes tensions sur l’accès aux soins.

La grève, appelée par l’ensemble des organisations représentatives de médecins libéraux, concerne à la fois les médecins généralistes et de nombreuses spécialités. Depuis le début du mouvement, des cabinets médicaux sont fermés sur l’ensemble du territoire et de nombreux rendez-vous sont annulés ou reportés. Plusieurs manifestations ont également eu lieu, notamment à Paris, rassemblant plusieurs milliers de praticiens.

Selon les données communiquées par l’Assurance maladie, la mobilisation a entraîné une baisse d’activité estimée entre 10 et 15 % chez les médecins généralistes et entre 5 et 12 % chez les spécialistes, mesurée à partir des feuilles de soins télétransmises. Certaines cliniques privées ont par ailleurs annoncé la fermeture temporaire de blocs opératoires sur plusieurs journées consécutives, contribuant à une réduction supplémentaire de l’offre de soins.

Dans les petites villes, où l’offre médicale repose souvent sur un nombre limité de praticiens et où les alternatives de proximité sont restreintes, ces perturbations ont des effets immédiats sur la continuité des soins. Les possibilités de report vers d’autres cabinets ou d’autres structures y sont plus limitées que dans les grandes agglomérations, renforçant les difficultés d’accès aux consultations, notamment pour les publics les plus âgés ou les patients atteints de maladies chroniques.

Ce mouvement intervient dans un contexte de pénurie médicale persistante. Près de 7 millions de personnes ne disposent pas aujourd’hui d’un médecin traitant déclaré et plus de 30 % de la population réside dans des zones où l’offre de soins de premier recours est jugée insuffisante. La démographie médicale reste défavorable à court terme, avec près de 45 % des médecins généralistes âgés de plus de 55 ans, laissant anticiper de nombreux départs à la retraite dans les prochaines années, particulièrement sensibles dans les territoires à faible densité médicale.

Les organisations syndicales dénoncent plusieurs mesures récentes qu’elles estiment de nature à fragiliser l’exercice libéral et le dialogue conventionnel. Parmi les motifs de contestation figurent certaines dispositions du budget de la Sécurité sociale, des mesures de contrôle renforcé des prescriptions d’arrêts de travail, ainsi que la perspective de contraintes accrues sur les modalités d’exercice et de prescription, jugées inadaptées aux réalités de terrain.

Auditionné par la commission des Affaires sociales du Sénat, Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance maladie, a indiqué ne pas souhaiter recourir aux dispositifs permettant une fixation unilatérale de certains tarifs médicaux. Il s’est prononcé en faveur de leur suppression rapide et a appelé à une reprise du dialogue avec les représentants des médecins libéraux.

La poursuite du mouvement jusqu’au 15 janvier, dans un contexte hivernal déjà marqué par une forte sollicitation des services d’urgence, accentue les tensions sur l’accès aux soins. Dans les petites villes, ces tensions mettent en évidence la fragilité de l’offre de santé de proximité et la difficulté à absorber des perturbations conjoncturelles dans un système déjà durablement sous tension.

Protection sociale complémentaire : les nouvelles obligations des Maires

La loi relative à la protection sociale complémentaire (PSC) des agents publics territoriaux a été publiée au Journal officiel le 23 décembre et entrera en vigueur au plus tard le 1er janvier 2029. À cette date, chaque employeur territorial devra avoir un contrat collectif à adhésion obligatoire pour la prévoyance de ses agents.

Elle transpose l’accord conclu en juillet 2023 signé, d’une part, par la totalité des organisations syndicales représentatives (CGT, CFDT interco, FO, Unsa territoriaux, FA-FPT, FSU Territoriale) et par les membres de la Coordination des employeurs territoriaux (AMF, AMRF, APVF, CNFPT, Départements de France, FNCDG, France urbaine, Intercommunalités de France, Ville de France, CSFPT). Il s’agit de faire financer par les employeurs, de façon obligatoire et à hauteur de 50 %, une prévoyance face aux risques d’incapacité et d’invalidité de leurs agents. Alors que jusqu’à présent le modèle était fondé sur une prévoyance à adhésion facultative, avec une participation minimale de l’employeur à 7 euros par mois et par agent.

Déposé le 3 février dernier par la sénatrice Isabelle Florennes (Hauts-de-Seine), le texte avait été adopté le 2 juillet au Sénat. Il avait été débattu le 11 décembre en séance publique selon la procédure dite « de législation en commission », qui permet de passer directement au vote sur l’ensemble du texte amendé en commission.

A partir du 1er janvier 2029, chaque employeur devra avoir un contrat collectif à adhésion obligatoire (soit directement, soit via le centre de gestion) et devra obligatoirement y participer à hauteur d’au moins 50 % de la cotisation (ou plus en cas d’accord local). Le caractère obligatoire de ce dispositif devrait permettre aux deux millions d’agents de la territoriale (quel que soit leur poste, leur âge, leur rémunération, leur catégorie ou leur statut) d’être couverts. Cette couverture permettra notamment aux agents du bénéficier, a minima, du maintien à 90 % de leur rémunération après 90 jours d’arrêt.

PLFSS 2026 : La création du label France Santé actée par le Parlement

Définitivement adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 confirme plusieurs orientations  ayant un impact direct sur les collectivités. Accès aux soins, autonomie, organisation de l’offre de santé de proximité : tour d’horizon des principales mesures à retenir, dont celle qui acte la création du label France Santé.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été adopté en lecture définitive à l’Assemblée nationale après l’échec de la commission mixte paritaire. Si le texte a suscité de vifs débats politiques, plusieurs de ses dispositions concernent directement l’action locale et les compétences exercées par les communes et leurs partenaires.

Le PLFSS acte un relèvement de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) à +3 % pour 2026. Cette évolution se traduit par un renforcement des enveloppes consacrées aux soins de ville et à l’hôpital, avec un effort particulier en direction des établissements de santé et des dispositifs territoriaux.

Pour les petites villes, cette trajectoire budgétaire constitue un signal important, dans un contexte de fortes tensions sur l’offre de soins, tant en médecine de ville qu’en établissements hospitaliers de proximité.

  • France Santé : un nouveau cadre national pour l’offre de soins de premier recours

Parmi les mesures du texte figure la création du réseau France Santé, présenté par le gouvernement comme un levier de lutte contre les déserts médicaux. Le dispositif repose sur la labellisation de structures de soins de premier recours existantes – maisons de santé, centres de santé, voire pharmacies – respectant un cahier des charges national.

L’objectif affiché est la labellisation de 2 000 structures d’ici l’été 2026, puis de 5 000 à l’horizon 2027, assortie d’un financement moyen d’environ 50 000 euros par site. Les agences régionales de santé assureront le déploiement opérationnel du dispositif, en lien avec les acteurs locaux.

Ce réseau devrait constituer un outil de consolidation de projets déjà engagés, à condition qu’il s’inscrive dans une logique de complémentarité avec les initiatives locales portées par les communes et intercommunalités, notamment en matière de centres de santé municipaux, de maisons de santé pluriprofessionnelles ou de solutions de télémédecine de proximité.

  • Autonomie et vieillissement : des moyens renforcés

Le texte prévoit également un renforcement des crédits consacrés à la branche autonomie, avec une hausse ciblée des financements en direction des établissements pour personnes âgées. Une partie des nouvelles ressources provient de la création d’une contribution financière pour l’autonomie, adossée à une hausse de la CSG sur certains revenus du capital.

Ces moyens supplémentaires visent notamment à améliorer la qualité de prise en charge dans les Ehpad et à accompagner le virage domiciliaire, enjeux majeurs pour les petites villes confrontées au vieillissement de leur population et à la raréfaction de l’offre médico-sociale.

Adoption de la proposition de loi sur la prévoyance dans la territoriale : une belle avancée pour la protection des agents

Jeudi 11 décembre 2025, les députés ont adopté la proposition de loi relative à la protection sociale complémentaire (PSC) des agents publics territoriaux, à la suite de son adoption par les sénateurs le 2 juillet dernier. L’Assemblée nationale ayant voté le texte dans les mêmes termes que le Sénat, la proposition de loi est désormais définitivement adoptée. Les parties signataires de l’accord collectif national du 11 juillet 2023 se félicitent de ce vote.

Dans un communiqué de presse, elles remercient les députés d’avoir été sensibles à l’importance d’une adoption rapide du texte et d’avoir ainsi manifesté leur confiance dans le dialogue social et ses acteurs. Elles ont salué également la qualité des travaux parlementaires et, en particulier, l’implication de la sénatrice Isabelle Florennes, autrice du texte, ainsi que celle des rapporteurs au sein des deux chambres, le député Stéphane Delautrette et la sénatrice Catherine di Folco.

Après plus de deux ans d’attente, la loi adoptée viendra transposer un accord collectif inédit, conclu à l’issue d’un processus de négociation collective exemplaire. Il s’agit en effet du premier protocole signé à l’échelle du versant territorial de la fonction publique, entre les représentants des employeurs territoriaux, membres de la Coordination des employeurs publics territoriaux (CET) et l’unanimité des organisations syndicales représentatives, sans l’intervention de l’État.

En généralisant les contrats collectifs à adhésion obligatoire en matière de prévoyance et en portant à 50% de la cotisation la participation minimale de l’employeur, la loi permettra aux employeurs publics territoriaux d’apporter une protection efficace face aux risques d’incapacité et d’invalidité aux 2 millions d’agents qui servent au quotidien l’action publique locale. Elle offrira des conditions de sécurité juridique et de visibilité permettant aux collectivités territoriales d’anticiper l’échéance fixée par la loi au 1er janvier 2029.

Télécharger le communiqué de presse en cliquant ici.

Baisse de la natalité et vieillissement : le nouveau paysage démographique français

Pour la première fois depuis plus d’un siècle hors périodes de guerre, la France métropolitaine enregistre davantage de décès que de naissances. La note de conjoncture 2025 de l’Ined confirme un tournant démographique majeur, aux effets différenciés selon les territoires. Si ce phénomène est national, ses conséquences sont particulièrement sensibles dans les petites villes, déjà confrontées au vieillissement de la population et à des équilibres fragiles en matière de services et d’attractivité.

Au 1er janvier 2025, la France compte 68,6 millions d’habitants, soit une hausse très modérée de 169 000 personnes en un an. Cette progression repose quasi exclusivement sur le solde migratoire positif. En métropole, le solde naturel devient négatif, avec 629 000 naissances pour 630 000 décès, une situation inédite depuis plus de cent ans. Les départements d’outre-mer demeurent les seuls à contribuer positivement au solde naturel national.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance de fond. La fécondité recule en France depuis 2011, avec une accélération marquée depuis 2019. En 2024, l’indice conjoncturel de fécondité s’établit à 1,62 enfant par femme. S’il reste supérieur à la moyenne européenne, ce niveau ne permet plus d’assurer, à terme, le renouvellement des générations. L’Ined souligne notamment que les femmes nées au début des années 1990 auront, en moyenne, moins d’enfants que les générations précédentes, alors même que la propension à avoir un deuxième ou un troisième enfant demeure relativement stable.

Les dynamiques territoriales révèlent toutefois des contrastes importants. La baisse de la fécondité concerne tous les types de territoires, mais elle a été plus rapide dans les petites villes. Entre 2014 et 2021, la fécondité y a diminué de 13 %, contre 11 % dans les grands centres urbains et 8 % dans les espaces ruraux et les ceintures urbaines. De manière générale, la fécondité reste légèrement plus élevée dans les espaces ruraux à habitat dispersé que dans les petites villes, et plus élevée dans les couronnes urbaines que dans les centres les plus denses. Ces écarts demeurent toutefois moins marqués que les différences observées entre territoires précis, confirmant une forte hétérogénéité locale.

Le report de l’âge à la maternité est une autre tendance structurante. Il concerne l’ensemble du territoire, avec une hausse de l’âge moyen à la maternité de cinq mois dans les communes rurales et jusqu’à huit mois dans les grands centres urbains.

Les petites villes occupent une position singulière. Selon la grille communale de densité de l’Insee, elles appartiennent aux communes de densité intermédiaire, distinctes à la fois des grands centres urbains et des espaces ruraux. Elles se caractérisent par une population majoritairement logée en maison individuelle et par un rôle de centralité pour les bassins de vie environnants, notamment en matière de services, de santé et d’équipements publics. Or, leur croissance démographique récente repose avant tout sur l’arrivée de nouveaux habitants, et non sur le solde naturel, ce qui les rend particulièrement vulnérables à une baisse durable de la natalité.

Le vieillissement de la population accentue ces fragilités. Les départements ruraux, auxquels de nombreuses petites villes sont rattachées, concentrent une part nettement plus élevée de personnes âgées de 60 ans et plus que les départements urbains. Cette évolution pose des défis directs aux élus locaux, en matière de maintien des écoles, d’adaptation du logement, de mobilité, mais aussi d’accès aux soins.

Sur ce dernier point, le rapport de l’Ined met en lumière des spécificités importantes. Dans les petites villes, les interruptions volontaires de grossesse reposent largement sur les professionnels de proximité. Les sages-femmes y réalisent 31 % des IVG, une part équivalente à celle des IVG médicamenteuses pratiquées dans les établissements publics locaux. Cette organisation témoigne du rôle central joué par les professionnels de santé libéraux et les hôpitaux de proximité. À l’inverse, dans les zones rurales à habitat très dispersé, la prise en charge repose majoritairement sur les établissements publics, soulignant l’importance du maintien d’une offre hospitalière accessible dans les territoires peu denses.

L’espérance de vie progresse légèrement au niveau national, mais elle demeure inférieure de deux ans en moyenne dans les départements ruraux par rapport aux départements urbains. L’Ined établit un lien avec les difficultés croissantes d’accès aux soins, une réalité bien connue des petites villes, souvent confrontées à la désertification médicale et à la tension sur les effectifs soignants.

Accès aux soins : feu vert des députés pour le lancement du réseau France Santé

L’Assemblée nationale a adopté la création du réseau France Santé, nouvelle initiative destinée à structurer l’offre de soins de proximité autour de critères renforcés de disponibilité et d’accessibilité. Malgré un investissement de 130 millions d’euros et un objectif de 5 000 structures labellisées à l’horizon 2027, plusieurs groupes parlementaires estiment que cette réponse demeure insuffisante face à la progression des déserts médicaux.

Les députés ont validé ce week-end, dans le cadre de l’examen du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la mise en place du réseau France Santé, présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu comme l’un des leviers du plan gouvernemental pour améliorer l’accès aux soins dans tous les territoires. Le dispositif repose sur une logique de labellisation de structures locales – maisons et centres de santé principalement – auxquelles pourraient s’ajouter, dans certains territoires peu dotés, des pharmacies engagées dans des dispositifs de téléconsultation.

Pour être reconnues « France Santé », ces structures devront respecter un socle d’exigences : présence d’un médecin et d’une infirmière, absence de dépassements d’honoraires, ouverture minimale de cinq jours, et capacité à offrir un rendez-vous en 48 heures à moins de 30 minutes du domicile. Chaque structure certifiée percevra un forfait annuel d’environ 50 000 euros, sur une enveloppe totale de 130 millions d’euros. L’exécutif fixe un calendrier ambitieux : 2 000 structures d’ici l’été 2026, et 5 000 en 2027.

Le gouvernement met en avant un objectif de lisibilité de l’offre pour les usagers, dans un paysage local souvent difficile à appréhender. Toutefois, la mesure fait débat. Si certains élus saluent une étape positive, les groupes de gauche soulignent que la labellisation de structures déjà existantes ne crée pas de nouvelles forces médicales et ne répond donc pas au cœur du problème. Plusieurs parlementaires alertent également sur le risque d’un élargissement trop large du label, intégrant acteurs publics, privés non lucratifs ou lucratifs, susceptible d’alimenter une logique de marchandisation du soin.