3 questions à…Antoine Saintoyant, Directeur de la Banque des Territoires

Le vieillissement de la population est le grand défi des prochaines décennies. Le relever suppose des investissements considérables. La lettre des Petites Villes revient sur ces enjeux en posant 3 questions à Antoine Saintoyant, Directeur de la Banque des Territoires.

1. Face au vieillissement de la population, quelles actions la Caisse des Dépôts met-elle en place ?

D’ici 2040, un quart de la population française aura plus de 65 ans. Ce vieillissement représente un défi majeur pour les territoires. La Caisse des Dépôts en a fait une priorité stratégique.

Quatre axes ont été définis pour y répondre : le financement de l’offre de soins, le soutien à l’innovation, la structuration des parcours de santé et l’accompagnement des Français dans le financement de leur autonomie.

Pour concrétiser cette ambition, 25 milliards d’euros seront mobilisés sur cinq ans. La Banque des Territoires y contribue avec un programme Santé Grand-Âge, pour lequel nous mobilisons 5 milliards d’euros. Ce dispositif a pour objectif d’accompagner 2 000 projets d’ici 2028 et de soutenir 1 200 établissements sanitaires et médico-sociaux.

Il s’articule autour de trois orientations complémentaires :  l’amélioration de l’accès aux soins à la prévention ; le maintien à domicile et développement de l’offre résidentielle ; le développement de l’hébergement médico-social. Ces mesures s’inscrivent dans une démarche globale visant à préparer les territoires aux enjeux du vieillissement, en combinant innovation et financement adapté.

2. Comment le programme Santé Grand Âge répond-il aux défis du vieillissement ?

Le programme Santé Grand Âge est un programme d’accompagnement des porteurs de projet et agit sur plusieurs fronts. Il intervient sur l’ensemble du parcours résidentiel des personnes âgées. Il soutient des solutions d’habitat inclusif et accompagne les organismes de logement social dans leur stratégie d’adaptation au vieillissement. De plus, il soutient le marché des résidences services seniors et accompagne la transition écologique et énergétique des EHPAD, des résidences autonomie et des centres hospitaliers.

En outre, il prévoit d’accompagner la création de 160 nouvelles structures de soins coordonnés d’ici 2027. Pour cela, il soutient le Plan 5 000 Maisons France Santé et finance les Centres de Santé (CS) et les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) via le Prêt Territoires Santé. Un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) Entreprises Publiques Locales (EPL) en Santé, assorti d’un accompagnement technique et financier, sera lancé en deux phases, en 2026 et 2027, pour soutenir la création ou la structuration de ces structures de santé pluriprofessionnelles

La Banque des Territoires soutient également les opérations de rénovation du bâti hospitalier, confronté à un taux de vétusté important, en déployant sa gamme de prêts et en mettant en place un partenariat avec la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR).

3. Comment le programme Santé Grand Âge répond-il aux enjeux des petites villes ?

En France, la santé et le grand âge dans les petites communes et dans la ruralité représentent un enjeu crucial. Ces territoires font face à des défis démographiques accrus et à des ressources limitées. Environ 40 à 50 % des petites communes de moins de 25 000 habitants en France métropolitaine sont situées dans des zones sous-dotées en médecins généralistes. Ces zones sont classées comme déserts médicaux ou zones d’intervention prioritaire (ZIP) par les Agences Régionales de Santé.

Aussi, nous accompagnons les petites communes en ingénierie, pour les aider à structurer leurs projets en santé et grand-âge, en financement adaptés à leurs besoins.

Nous soutenons les projets de centres et de Maison de soins pluriprofessionnelles. Ces structures réunissant des professionnels spécialisés dans les services médicaux et paramédicaux ont pour ambition de faciliter l’accès aux soins pour tous.

Le programme promeut également la prévention et l’aller-vers en soutenant le plan 100 médicobus, porté par l’Etat, qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie de lutte contre les déserts médicaux. Ces médicobus sont des camions aménagés avec du matériel médical et dirigés par des professionnels de santé qualifiés : un médecin et un infirmier. Il permettra d’aller au plus des personnes éloignées de l’accès au soin

XXVIIIe Assises des Petites Villes – 18 et 19 juin 2026

L’Association des Petites Villes de France a le plaisir de vous annoncer que les XXVIIIe Assises des Petites Villes se dérouleront à Château-Thierry les 18 et 19 juin 2026 sur le thème :

Pour des petites villes résilientes, bienveillantes et performantes.

3 questions à Philippe Bergerot, Président de la Ligue contre le cancer

Cette semaine le lettre des petites villes donne la parole à Philippe Bergerot, Président de la Ligue contre le cancer pour présenter le programme « Ma ville se ligue ».

1. Pouvez-vous nous présenter le programme « Ma Ville se Ligue » et ses objectifs pour les collectivités locales ?

Ma Ville se Ligue est une démarche partenariale de prévention et un dispositif d’accompagnement personnalisé et progressif pour toutes les communes souhaitant s’engager dans le déploiement d’environnements favorables à la santé.

Le principe est simple : pour valoriser le travail des communes mobilisées dans la lutte contre le cancer, la Ligue contre le cancer a construit un répertoire de 30 actions opérationnelles pour contribuer à réduire les facteurs de risque de cancer, auprès de toutes les populations, même les plus vulnérables et/ou éloignées du système de santé.

Les communes qui s’engagent dans le programme obtiennent le label Ma Ville se Ligue. Cette labellisation est évolutive : le premier niveau de label reconnaît l’engagement et les moyens mobilisés par les communes, les trois niveaux suivants reconnaissent le déploiement concret et l’impact des actions réalisées sur leur territoire.

Si, par un état des lieux, il est mis en évidence que la commune a déjà mis en œuvre au moins trois actions figurant dans le répertoire Ma Ville se Ligue, celle-ci pourra bénéficier d’un accès anticipé à la labellisation, en adressant une demande au Comité national de labellisation.

Aujourd’hui, 14 villes sont labellisées : Paris, Colmar, Saint-Etienne, Nice, Brest, Mordelles, Montoir-de-Bretagne, Terres de Haute-Charente, Seyssins, Quimper, Les Mureaux, Villefranque, Sartrouville, Albi.

2. En quoi ce dispositif peut-il constituer un levier concret pour les petites villes en matière de prévention et de lutte contre le cancer ?

40 % des cancers sont évitables et la santé dépend pour 80% de l’environnement et des comportements.

Ma Ville se Ligue s’inscrit dans la lignée des approches de promotion de la santé et la démarche de « santé dans toutes les politiques » de l’Organisation Mondiale de la Santé. Car agir sur les déterminants du cancer, c’est aussi prévenir nombre d’autres pathologies chroniques.

C’est un programme qui invite les acteurs locaux à mettre la santé dans toutes les politiques, en ciblant une variété de milieux de vie comme l’espace public, ou le milieu scolaire par exemple, afin de promouvoir les facteurs protecteurs de cancer (alimentation saine, activité physique, vaccination…) et limiter les facteurs de risque (tabac, alcool, surpoids, rayonnement UV…).

Les communes disposent de leviers concrets et efficaces pour agir sur tous les âges et sur tous les registres pour offrir aux citoyens les capacités à avoir une vie saine au sein de leur collectivité. Elles sont le premier échelon pour diffuser les grands messages de santé publique : Mois sans tabac, Défi de janvier, prévention solaire, vaccination HPV, dépistage organisé… 

Elles peuvent enfin agir dans une logique partenariale, en déployant par exemple des démarches de médiation, notamment dans les quartiers populaires ou éloignés du système de soins et en coconstruisant des actions d’aller-vers avec les acteurs associatifs locaux et les centres communaux d’action sociale.

3. En ce début de mandat, quels messages souhaitez-vous adresser aux élus locaux pour les inciter à s’engager dans cette démarche ?

Vous agissez déjà et pouvez agir davantage pour la santé de vos concitoyens !

En tant que véritables connaisseurs de votre territoire et des leviers d’action sur une grande variété de milieux de vie, vous êtes les mieux placés pour activer ces leviers et mettre en place des environnements favorables à la santé. Votre commune peut jouer un rôle clé dans la prévention des cancers et d’autres pathologies chroniques avec le programme Ma Ville se Ligue.

S’engager à prendre part à ce programme d’utilité publique, c’est rejoindre une communauté de collectivités engagées dans la mise en œuvre de projets bénéfiques aux Français. C’est aussi développer un réseau de nouveaux partenaires et d’acteurs de terrain pour la prévention et la promotion de la santé.

S’engager à prendre part à ce programme innovant, c’est inscrire votre commune dans une démarche d’impact social positif, au travers d’actions dont les effets sur la population pourront être mesurés et valorisés.

S’engager à prendre part à ce programme opérationnel, c’est enfin s’assurer d’être accompagné par un acteur associatif de terrain, la Ligue contre le cancer. Du fait de son maillage territorial et de son action transverse englobant santé, éducation, prévention et environnement, c’est un partenaire tout désigné pour agir en coconstruction avec vous, décideurs locaux, dans la lutte contre le cancer.

Le prochain Comité national de labellisation se tiendra le 19 juin 2026. Vous trouverez toutes les informations ici et nous attendons vos nombreuses candidatures !

Maisons de santé pluriprofessionnelles : les Français plébiscitent l’exercice coordonné

Selon une étude Ifop réalisée pour l’association AVECsanté, les Français expriment une attente forte : au-delà du nombre de professionnels, ils souhaitent une organisation des soins plus lisible et mieux coordonnée. Les Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) apparaissent comme une réponse privilégiée.

Une attente forte pour une organisation des soins plus simple

Les résultats de l’étude Ifop pour AVECsanté, menée en février 2026, confirment une évolution nette des attentes des Français. Lorsqu’il s’agit d’imaginer l’implantation d’une nouvelle structure de santé sur leur territoire, 82 % d’entre eux privilégient une Maison de santé pluriprofessionnelle, loin devant l’exercice isolé ou les solutions uniquement fondées sur la télémédecine. Ce choix traduit une demande claire : les patients ne recherchent plus seulement davantage de professionnels, mais une organisation capable de simplifier concrètement leur parcours de soins.

Un parcours de soins encore trop fragmenté

Cette attente s’explique par les difficultés encore largement rencontrées sur le terrain. Pour une grande partie de la population, le parcours de soins demeure morcelé et peu lisible. Près des trois quarts des Français déclarent devoir eux-mêmes faire le lien entre les professionnels qui les suivent, ce qui se traduit par des situations fréquentes d’examens redondants, d’informations mal transmises ou encore de délais allongés. Seuls un quart des répondants indiquent avoir déjà bénéficié d’une prise en charge coordonnée, alors même que ses bénéfices sont largement reconnus, notamment en matière de qualité de suivi, de gain de temps et de prévention.

Un levier structurant pour les petites villes

Avec près de 3 000 MSP en activité fin 2025, l’exercice coordonné constitue désormais une réalité tangible. Pour les petites villes, ce modèle représente un levier particulièrement structurant : il permet non seulement d’améliorer l’accès aux soins, mais aussi d’organiser une offre de proximité adaptée aux besoins des habitants. Les collectivités du bloc communal disposent, à cet égard, de marges d’action concrètes pour accompagner ces dynamiques, qu’il s’agisse de faciliter l’installation des équipes, de soutenir l’ingénierie de projet ou de mettre à disposition des locaux adaptés.

Accélérer le déploiement des MSP

L’étude Ifop pour AVECsanté met ainsi en évidence une convergence claire entre les attentes des patients et les solutions portées par les professionnels. L’enjeu est désormais d’accélérer le déploiement des Maisons de santé pluriprofessionnelles, afin de proposer des parcours de soins plus simples, plus cohérents et mieux organisés sur l’ensemble du territoire, en particulier dans les petites villes où les besoins sont les plus forts.

Télécharger le communiqué de presse de l’étude Ifop : les Français ne veulent plus d’un parcours du combattant

Municipales 2026 : les petites villes face au défi de l’inclusion

La question de l’inclusion des personnes en situation de handicap s’impose comme un enjeu central pour les politiques publiques locales. Dans une lettre ouverte adressée aux candidates et candidats, l’association LADAPT a récemment rappelé le rôle déterminant des communes pour garantir l’égalité d’accès aux droits.

En France, près de 14,5 millions de personnes vivent avec un handicap. Dans les territoires, et en particulier dans les petites villes, les municipalités jouent un rôle essentiel pour permettre à chacun de participer pleinement à la vie locale.

L’accessibilité du droit de vote constitue un premier enjeu. Le Code électoral impose que les bureaux de vote soient accessibles à toutes et tous. Concrètement, cela suppose des locaux adaptés, un isoloir accessible, mais aussi une information claire permettant à chaque électeur de comprendre les modalités du vote et les enjeux du scrutin.

Au-delà du moment électoral, les communes interviennent également dans des domaines structurants pour l’autonomie des habitants. C’est notamment le cas du logement, où les municipalités participent à l’orientation des demandes et au dialogue avec les bailleurs sociaux afin de mieux prendre en compte les besoins des personnes en situation de handicap.

L’accessibilité des services municipaux constitue également un enjeu important. La mairie est souvent le premier lieu vers lequel se tournent les habitants pour effectuer des démarches ou obtenir des informations. L’accueil des publics, la formation des agents et l’accessibilité des services en ligne contribuent directement à garantir un accès égal aux services publics.

Enfin, la question de la mobilité et de l’accessibilité de l’espace public reste centrale. Aménagement de la voirie, accessibilité des équipements publics ou organisation des transports conditionnent la possibilité pour chacun de se déplacer librement, d’accéder aux services et de participer à la vie locale.

À quelques jours des municipales, ces enjeux rappellent que les communes disposent de leviers d’action concrets pour favoriser l’inclusion. Pour les petites villes, où la proximité entre élus et habitants est forte, faire de l’accessibilité et du handicap une priorité constitue un enjeu essentiel de citoyenneté et de cohésion territoriale.

Les petites villes en première ligne pour réussir le « bien vieillir »

Partenaire du manifeste publié par France Silver Eco à l’approche des élections municipales de 2026, l’Association des Petites Villes de France (APVF) partage un constat simple : la transition démographique constitue l’un des bouleversements majeurs auxquels les territoires devront faire face dans les prochaines années. Au même titre que la transition écologique ou la révolution numérique, l’allongement de la vie impose désormais d’adapter l’action publique locale.

Depuis plusieurs années, la filière Silver Économie défend une approche globale de la société de la longévité. Celle-ci ne relève plus uniquement des politiques sanitaires ou médico-sociales : elle concerne directement l’organisation quotidienne des territoires. À ce titre, les collectivités locales occupent une place déterminante aux côtés des acteurs économiques, des mutuelles, des caisses de retraite ou encore du tissu associatif.

Dans ce cadre, la commune demeure l’échelon de proximité par excellence, celui de la vie quotidienne des habitants. L’intercommunalité constitue quant à elle l’échelon stratégique, notamment pour les mobilités, l’aménagement ou les équipements structurants. Ensemble, le bloc communal intervient désormais dans des champs très concrets : adaptation des logements, accessibilité de la voirie, transports, urbanisme, maintien du lien social, prévention par le sport et la culture, accompagnement des aidants ou encore développement de solutions d’habitat intermédiaire.

Le prochain mandat municipal (2026-2032) sera particulièrement décisif. La décennie 2020-2030 correspond en effet à une forte progression des populations âgées : l’augmentation des 75-84 ans sera sans précédent. Sans être synonyme de perte d’autonomie, cette tranche d’âge s’accompagne plus fréquemment de fragilités nécessitant des décisions anticipées en matière de logement, de mobilité ou d’accès aux soins.

Cette évolution démographique touchera d’abord les territoires les moins denses. Les petites villes et les espaces ruraux seront proportionnellement plus concernés que les grandes métropoles. Là où les seniors représentent environ 10 % de la population dans certains départements urbains, ils peuvent déjà approcher ou dépasser 30 % dans des territoires ruraux, avec des projections proches de 40 % à l’horizon 2050. Cette réalité conforte le rôle pivot des petites villes, qui structurent les bassins de vie et concentrent services, commerces et équipements publics.

Le manifeste de France Silver Eco rappelle ainsi que la réussite du « bien vieillir » dépendra largement de l’action locale. Les communes et intercommunalités disposent de leviers opérationnels immédiats : animation des centres communaux d’action sociale (CCAS), accès aux services publics, soutien à la vie associative, actions culturelles, inclusion numérique, solutions de mobilité ou encore lutte contre l’isolement.

Dans les petites villes, la mairie et le CCAS constituent souvent la première porte d’entrée pour les habitants confrontés à la perte d’autonomie ou aux fragilités liées à l’âge. Les élus locaux identifient les besoins, coordonnent les acteurs et mettent en œuvre des solutions concrètes de maintien à domicile.

Le manifeste se veut ainsi un guide à destination des candidats aux élections municipales et des équipes qui seront élues en mars 2026. Il souligne que l’adaptation de la société au vieillissement ne pourra réussir sans les collectivités locales et en particulier sans le bloc communal. Pour les petites villes, l’enjeu n’est pas seulement social : il est aussi territorial, car la capacité à bien vieillir conditionne désormais l’attractivité et la cohésion des bassins de vie.

Télécharger le manifeste de France Silver Eco

3 questions à… Eric Chenut, Président de la Mutualité Française

Cette semaine La lettre des Petites Villes pose 3 questions à Eric Chenut, Présidente de Mutualité Française, pour mieux comprendre enjeux liés à l’accès aux soins et à la prévention dans les territoires.

  1. Quel rôle joue aujourd’hui la Mutualité Française auprès des collectivités locales, et en particulier des petites villes, pour renforcer l’accès aux soins et la prévention ?

Historiquement, le Mouvement mutualiste s’est fédéré en partant des réalités territoriales et non nationalement. Cela lui a permis de faire continuellement évoluer ses services pour répondre concrètement aux besoins exprimés par les citoyens.

Aujourd’hui, avec plus de 30 millions de personnes protégées, 440 mutuelles fédérées, 3 000 services de soins et d’accompagnement mutualistes (établissements d’hospitalisation, centres d’audition, Ehpad, crèches, etc.), plus de 25 000 actions de prévention en proximité, les militants et salariés mutualistes contribuent directement à l’accès aux soins sur les territoires hexagonaux et ultramarins.

A l’heure où 65% des Français déclarent avoir dû renoncer à des soins de santé au cours des 12 derniers mois (Carnet de santé de la Mutualité Française, 2025) et où les transitions démographique, environnementale et numérique bouleversent notre modèle de Protection sociale, les 17 unions régionales de la Mutualité Française la positionne comme un acteur éthique et performant du système de santé partout sur les territoires.

Pour renforcer l’accès aux soins et la prévention, le rôle des collectivités territoriales et particulièrement des villes est essentiel. Par les différentes politiques publiques qu’elles mettent en œuvre, elles ont un impact majeur sur les déterminants de santé : cadre scolaire, infrastructures des mobilités et transports, logements, infrastructures sportives, etc.

  1. Quelles difficultés spécifiques observez-vous dans ces territoires (déserts médicaux, renoncement aux soins, fragilités sociales) et quelles solutions concrètes peuvent être mises en œuvre avec les acteurs locaux ?

En France, 87% de la population vit dans un désert médical et 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Au niveau national, les Français habitant en zone rurale et dans de petites agglomérations sont plus directement concernés par les difficultés d’accéder à un médecin généraliste (respectivement 43% et 42%), contrairement aux habitants de l’agglomération parisienne (25%) par exemple.

Face à ces enjeux, la Mutualité Française propose de faire des collectivités territoriales les moteurs d’une politique de santé adaptée, juste et ambitieuse. Concrètement, cela doit passer par :

  1. Le soutien d’une structuration d’une offre coordonnée de premier recours, notamment en développant les équipes de soins traitantes. Celles-ci permettent d’associer professionnels médicaux, paramédicaux et pharmaciens avec les objectifs de renforcer le partage de compétences, d’optimiser les ressources médicales et de favoriser la prise en charge globale et coordonnée des patients.
  2. Le renforcement du rôle des collectivités territoriales en tant qu’acteurs de la santé publique et de la cohésion sociale : c’est une condition pour favoriser l’accès aux soins et réunir l’ensemble des acteurs de la santé autour d’elles sur les territoires.
  3. La garantie d’un accès au service d’accueil de la petite enfance et d’un accompagnement à la hauteur des enjeux du grand âge.

Plus largement, un investissement dans la prévention et l’éducation à la santé devrait être soutenu pour : faire de la prévention en santé mentale une priorité locale, former les agents publics aux premiers secours en santé mentale et renforcer l’activité physique et le sport-santé.

Pour relever ces défis, l’ensemble des acteurs de santé du territoire (mutuelles, professionnels de santé, établissements publics, financeurs, etc.) doivent travailler de concert au service des populations.

  1. Vous avez lancé les États généraux de la santé : quels en sont les objectifs et comment les collectivités peuvent-elles s’inscrire dans cette dynamique pour faire émerger des réponses adaptées aux territoires ?

Notre modèle social est à la croisée des chemins, le statut quo n’est plus possible.

Les débats politiques actuels se cantonnent à aborder l’année en cours ou celle à venir, or nous dépensons 330 milliards d’euros chaque année pour notre santé : cela ne mérite-il pas la coconstruction d’une stratégie nationale, dotée d’une vision pluriannuelle des financements ? Les premiers contributeurs à notre système de santé en sont aussi les premiers bénéficiaires : les assurés sociaux. Pourtant, nous ne les questionnons jamais sur leurs besoins, leurs attentes et ce à quoi ils sont prêts. N’est-ce pas une condition de l’acceptabilité sociale que de leur donner la parole ?

Fort de ces constats, plus de 50 organisations de la société civile, dont l’APVF, se réunissent pour piloter des Etats Généraux de la Santé et de la Protection sociale. La première phase, une consultation nationale ouverte sur placedelasante.fr du 17 novembre 2025 au 17 février 2026 a été une réussite inédite : plus de 75 000 assurés sociaux et professionnels de santé et de l’accompagnement nous ont fait part de leurs attentes et priorités.

La démarche entre désormais dans une phase d’ateliers territoriaux (hexagonaux et ultramarins) permettant de formuler des propositions en réponse aux attentes citoyennes et professionnelles exprimées. Notre objectif : aboutir à l’automne 2026 à un panel de propositions systémiques et cohérentes permettant de rendre notre Protection sociale plus soutenable et solidaire, notamment à l’aube des échéances électorales de 2027.

Crédit photo : FNMF – Hervé Thouroude 

Vieillissement : les petites villes en première ligne pour accompagner le « bien vieillir »

À l’invitation de France Silver Eco, un webinaire consacré à l’adaptation des territoires au vieillissement a réuni, le 9 février, élus et experts autour d’un constat partagé : le « bien vieillir » est devenu un enjeu central pour l’action publique locale. À cette occasion, Nathalie Nieson, Vice-présidente trésorière de l’APVF et Maire de Bourg-de-Péage, a souligné le rôle clé des petites villes et de leurs centres communaux d’action sociale dans l’accompagnement de proximité des aînés.

Réunis le 9 février en visioconférence, élus et experts ont d’abord partagé les résultats d’une étude d’opinion conduite avec la Fondation Jean Jaurès, Verian Group et le média L’Opinion. Celle-ci montre que le vieillissement de la population est désormais pleinement identifié comme un sujet de préoccupation collective et que les attentes se portent prioritairement vers des réponses locales, accessibles et humaines. L’étude confirme surtout un point central : la mairie et le CCAS demeurent les interlocuteurs de référence pour accompagner les habitants tout au long de l’avancée en âge.

Pour l’APVF, ce constat reflète pleinement la réalité du terrain. « Dans les petites villes, la mairie et le CCAS constituent la première porte d’entrée des habitants » constate Nathalie Nieson. Aide administrative, coordination des services à domicile, lutte contre l’isolement, adaptation du logement et actions de prévention structurent une intervention quotidienne au service de l’autonomie. Plus l’accompagnement est anticipé, plus le maintien à domicile est durable.

La Vice-présidente trésorière de l’APVF a insisté sur une approche globale du vieillissement. Bien vieillir, c’est pouvoir rester chez soi tout en continuant à se déplacer, accéder aux soins ET conserver des liens sociaux. Cela suppose d’articuler politiques sociales, aménagement, mobilités et santé, en lien étroit avec les partenaires locaux et l’intercommunalité.

La prévention constitue également un levier essentiel. Repérage précoce des vulnérabilités physiques et psychologiques, vigilance sur la fragilité nutritionnelle, information des usagers et pédagogie adaptée doivent être renforcés. L’accès aux soins, devenu un sujet central des municipales, doit s’inscrire dans cette logique d’anticipation.

Un des principaux défis du prochain mandat sera de concevoir des villes où chacun trouve sa place, grâce à des projets intergénérationnels qui favorisent la solidarité, le respect et la cohésion sociale.

Enfin, Nathalie Nieson a rappelé que les communes constituent des vigies de proximité et des acteurs pleinement opérationnels du « bien vieillir », capables d’apporter des réponses concrètes et immédiates aux besoins des habitants. Les prochaines échéances municipales doivent permettre d’inscrire le vieillissement comme un véritable projet de territoire, au service de la qualité de vie de tous. Cette ambition sera au cœur des échanges lors des Assises des Petites Villes, organisées à Château-Thierry les 18 et 19 juin prochains.

Télécharger l’étude

Assises de la télémédecine : une première feuille de route nationale dévoilée

Après une année de concertation et de travaux menés à l’échelle nationale, les Assises de la télémédecine se sont achevées fin janvier 2026. Cette démarche, pilotée par l’Assurance maladie et le ministère chargé de la Santé, a abouti à la présentation d’une première feuille de route nationale pour la période 2026-2028, visant à encadrer et structurer le développement des usages de la télémédecine sur l’ensemble des territoires.

Organisées tout au long de l’année 2025, les Assises de la télémédecine ont réuni l’ensemble des acteurs concernés par le déploiement de la télémédecine : professionnels de santé, représentants des usagers, structures de soins, acteurs institutionnels et opérateurs du numérique en santé. Sept ateliers régionaux, organisés en métropole et en Outre-mer, ont permis d’identifier les principaux freins et leviers au développement de la téléconsultation et de la téléexpertise, ainsi que les conditions nécessaires à une meilleure appropriation de ces outils par les patients comme par les professionnels.

Les échanges ont fait ressortir un constat partagé : si la télémédecine constitue un levier utile pour améliorer l’accès aux soins, notamment dans les territoires confrontés à une offre médicale insuffisante, elle ne peut être envisagée comme une réponse uniforme ou exclusivement technique. Son efficacité repose sur son inscription dans des parcours de soins coordonnés, lisibles et territorialisés, ainsi que sur une attention particulière portée aux publics les plus vulnérables ou éloignés du numérique.

Le 26 janvier 2026, la ministre chargée de la Santé a présenté les principaux axes de la première feuille de route nationale dédiée à la télémédecine pour la période 2026-2028. Celle-ci prévoit notamment un assouplissement ciblé du plafond d’activité en télémédecine, le renforcement de la téléconsultation assistée par des professionnels de santé, un encadrement renforcé de l’implantation des cabines de téléconsultation, le déploiement de la téléexpertise au sein des structures de coordination territoriale, ainsi qu’une meilleure identification des équipements accessibles aux personnes en situation de handicap.

Dans leur ensemble, ces annonces traduisent une volonté de mieux structurer le recours à la télémédecine et d’en améliorer la qualité, en évitant les usages isolés ou insuffisamment intégrés à l’organisation des soins. Elles confirment également que le principal enjeu du développement de la télémédecine est désormais organisationnel et territorial, au-delà de la seule innovation technologique.

Pour les petites villes, directement confrontées aux tensions croissantes sur l’offre de soins de proximité, les enseignements des Assises de la télémédecine revêtent une importance particulière. La télémédecine peut constituer un levier utile pour améliorer l’accès aux soins, à condition d’être pensée comme un outil complémentaire, inscrit dans des organisations territoriales coordonnées et adossé à des équipements et des accompagnements humains adaptés. La mise en œuvre de la feuille de route 2026-2028 devra ainsi tenir compte des réalités des petites villes, tant en matière de démographie médicale que de fracture numérique et de capacités d’ingénierie locale, afin d’éviter une réponse déconnectée des besoins du terrain.

Grève des médecins libéraux : un mouvement national qui accentue les tensions sur l’accès aux soins

Depuis le 5 janvier, les médecins libéraux sont engagés dans un mouvement de grève nationale qui doit se poursuivre jusqu’au 15 janvier. Fermetures de cabinets, manifestations et perturbations de l’activité médicale marquent cette mobilisation, qui intervient dans un contexte de fortes tensions sur l’accès aux soins.

La grève, appelée par l’ensemble des organisations représentatives de médecins libéraux, concerne à la fois les médecins généralistes et de nombreuses spécialités. Depuis le début du mouvement, des cabinets médicaux sont fermés sur l’ensemble du territoire et de nombreux rendez-vous sont annulés ou reportés. Plusieurs manifestations ont également eu lieu, notamment à Paris, rassemblant plusieurs milliers de praticiens.

Selon les données communiquées par l’Assurance maladie, la mobilisation a entraîné une baisse d’activité estimée entre 10 et 15 % chez les médecins généralistes et entre 5 et 12 % chez les spécialistes, mesurée à partir des feuilles de soins télétransmises. Certaines cliniques privées ont par ailleurs annoncé la fermeture temporaire de blocs opératoires sur plusieurs journées consécutives, contribuant à une réduction supplémentaire de l’offre de soins.

Dans les petites villes, où l’offre médicale repose souvent sur un nombre limité de praticiens et où les alternatives de proximité sont restreintes, ces perturbations ont des effets immédiats sur la continuité des soins. Les possibilités de report vers d’autres cabinets ou d’autres structures y sont plus limitées que dans les grandes agglomérations, renforçant les difficultés d’accès aux consultations, notamment pour les publics les plus âgés ou les patients atteints de maladies chroniques.

Ce mouvement intervient dans un contexte de pénurie médicale persistante. Près de 7 millions de personnes ne disposent pas aujourd’hui d’un médecin traitant déclaré et plus de 30 % de la population réside dans des zones où l’offre de soins de premier recours est jugée insuffisante. La démographie médicale reste défavorable à court terme, avec près de 45 % des médecins généralistes âgés de plus de 55 ans, laissant anticiper de nombreux départs à la retraite dans les prochaines années, particulièrement sensibles dans les territoires à faible densité médicale.

Les organisations syndicales dénoncent plusieurs mesures récentes qu’elles estiment de nature à fragiliser l’exercice libéral et le dialogue conventionnel. Parmi les motifs de contestation figurent certaines dispositions du budget de la Sécurité sociale, des mesures de contrôle renforcé des prescriptions d’arrêts de travail, ainsi que la perspective de contraintes accrues sur les modalités d’exercice et de prescription, jugées inadaptées aux réalités de terrain.

Auditionné par la commission des Affaires sociales du Sénat, Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance maladie, a indiqué ne pas souhaiter recourir aux dispositifs permettant une fixation unilatérale de certains tarifs médicaux. Il s’est prononcé en faveur de leur suppression rapide et a appelé à une reprise du dialogue avec les représentants des médecins libéraux.

La poursuite du mouvement jusqu’au 15 janvier, dans un contexte hivernal déjà marqué par une forte sollicitation des services d’urgence, accentue les tensions sur l’accès aux soins. Dans les petites villes, ces tensions mettent en évidence la fragilité de l’offre de santé de proximité et la difficulté à absorber des perturbations conjoncturelles dans un système déjà durablement sous tension.