Les chiffres sont là. Une nouvelle fois, les petites villes démontrent leur sens des responsabilités et leur capacité à tenir le cap dans un contexte pourtant particulièrement difficile. Selon la dernière édition du « Regard financier sur les petites villes », réalisée par l’APVF et La Banque Postale, les communes de 2 500 à 25 000 habitants ont réussi à préserver leurs équilibres financiers en 2025 tout en continuant à investir au service de leurs habitants.
Cette performance mérite d’être soulignée. Depuis plusieurs années, les élus locaux font face à une accumulation de contraintes : inflation, hausse du coût de l’énergie, revalorisations salariales légitimes mais coûteuses, augmentation des charges sociales, multiplication des attentes de la population. Malgré cela, les petites villes ont continué à assurer les services publics de proximité, à soutenir la vie associative, à accompagner les plus fragiles et à préparer l’avenir par l’investissement.
Contrairement à certaines idées reçues, les collectivités locales ne sont pas le problème des finances publiques françaises. Elles représentent moins de 10 % de la dette publique et demeurent soumises à une règle d’équilibre budgétaire stricte. Les résultats de l’année 2025 le démontrent une nouvelle fois : les petites villes gèrent avec rigueur, adaptent leurs dépenses et mobilisent leurs ressources pour maintenir leur capacité d’action.
Cette bonne résistance ne doit cependant pas masquer les fragilités qui se dessinent. Les investissements ont été maintenus à un niveau élevé, mais souvent au prix d’un prélèvement important sur les réserves financières constituées au fil des années. Les marges de manœuvre se réduisent. Dans le même temps, les besoins des habitants augmentent. Le vieillissement de la population, les attentes en matière de santé, de mobilité, de sécurité ou encore de transition écologique renforcent chaque jour la pression sur les budgets communaux.
C’est pourquoi les signaux envoyés par l’État suscitent une vive inquiétude. La réduction annoncée des crédits du Fonds vert, l’incertitude entourant les dotations et les perspectives budgétaires nationales fragilisent la visibilité indispensable à toute politique d’investissement local. Comment demander aux maires de conduire la transition écologique, de revitaliser les centres-villes, d’adapter les équipements publics au changement climatique ou de répondre aux défis sociaux si les outils financiers qui leur permettent d’agir sont progressivement affaiblis ?
Les petites villes sont aujourd’hui en première ligne. Elles constituent souvent le dernier échelon de proximité capable de garantir l’accès aux services publics, de maintenir la cohésion territoriale et de faire vivre la République au quotidien. Elles ne réclament pas des privilèges ; elles demandent simplement de la stabilité, de la confiance et des moyens à la hauteur des missions qui leur sont confiées.
À quelques mois du renouvellement municipal, un constat s’impose : les élus des petites villes ont démontré leur capacité à gérer avec sérieux et responsabilité. Il appartient désormais à l’État de leur donner les conditions nécessaires pour poursuivre leur action. Affaiblir les capacités financières des communes reviendrait à affaiblir les territoires eux-mêmes. Et ce sont, in fine, les habitants qui en paieraient le prix.
Les petites villes ont tenu bon. Elles ne pourront pas continuer à absorber seules l’ensemble des chocs économiques, sociaux et environnementaux auxquels notre pays est confronté.
