
Cette semaine La lettre des Petites Villes pose 3 questions à Christelle Cubaud, Présidente de l’AF3V, pour mieux comprendre les enjeux du vélo et des voies vertes dans nos collectivités
Vous êtes présidente de l’AF3V. Quelle est la vocation de votre association ?
L’AF3V, Association Française pour le développement des Véloroutes et des Voies Vertes, œuvre à la création d’un réseau ambitieux d’itinéraires cyclables et de voies dédiées aux mobilités actives. Son action vise à favoriser la transition écologique, l’inclusion sociale et l’amélioration de la santé publique.
Les véloroutes et les voies vertes relient villes et villages et permettent des déplacements à pied, à vélo ou en roller, aussi bien pour les trajets du quotidien que pour les activités de loisirs. Leur développement repose en grande partie sur la valorisation d’infrastructures existantes, comme les petites routes, les anciennes voies ferrées ou les chemins, y compris de halage. Le réseau doit ainsi être pensé pour les déplacements quotidiens, rester accessible aux publics en situation de fragilité sociale ou économique et répondre aux besoins de mobilité des personnes dépourvues de voiture.
Vous publiez le livret « Réaffectation de voies : valoriser le réseau rural au service des mobilités actives ». Pourquoi ce guide et à qui s’adresse-t-il ?
Je dirai d’abord ce qu’il n’est pas : ce guide n’est pas un rapport abstrait fait de calculs et de modélisations, certes utiles. Non ce guide s’appuie sur des expériences concrètes. Il est issu des échanges qui se sont déroulés lors de notre colloque à Rouen en septembre dernier et des entretiens préparatoires. Il rassemble les bonnes pratiques pour transformer des voies existantes en aménagements dédiés aux mobilités actives. Conçu comme un véritable outil d’aide à la décision, il accompagne chaque étape du processus en mettant au cœur de la démarche celles et ceux qui vivent le territoire : les habitants et les élus locaux.
Son ambition est simple : proposer des projets à la fois adaptés au territoire, sobres et efficaces.
- Sobres économiquement, car ils évitent les acquisitions foncières et la création d’infrastructures entièrement nouvelles.
- Sobres écologiquement, puisqu’ils s’appuient sur des réseaux déjà existants, sans recourir à des travaux lourds, gourmands en ressources et émetteurs de gaz à effet de serre.
- Sobres en délais, en évitant les études d’ingénierie et les procédures d’expropriation.
Les économies ainsi réalisées permettent de concentrer les efforts sur les points réellement complexes du tracé, lorsque c’est nécessaire.
Ce guide s’adresse en priorité aux élu(e)s, aux collectivités, aux associations, aux professionnels et, plus largement, à toutes les personnes engagées pour des mobilités actives plus sûres et plus inclusives. Il offre des solutions concrètes pour permettre à chacun de se déplacer sereinement — à pied, à vélo, en trottinette, en fauteuil roulant — là où l’absence d’aménagement sécurisé constitue aujourd’hui un obstacle majeur.
À l’approche des élections municipales, quels sont selon vous les principaux leviers pour développer les mobilités actives dans les petites villes ?
Le levier économique est indéniable. Se déplacer à pied ou à vélo plutôt qu’en voiture, c’est bon pour le porte-monnaie ! A condition d’avoir à sa disposition des itinéraires sécurisés et continus bien pensés qui rendent chaque trajet confortable et agréable.
La santé est également un enjeu primordial. Les enfants ont perdu 25% de leur capacité cardio-vasculaire en 40 ans ! Le manque d’activité physique en est la cause principale. Se rendre sur son lieu d’étude ou aller voir les copains dans le village d’à côté, à pied ou à vélo et dans de bonnes conditions de sécurité, cela permet de bouger et donc de lutter contre la sédentarité et l’obésité. Cela vaut aussi pour les parents et les grands-parents ! Je pense aussi aux personnes à mobilité réduite. Quand on est en fauteuil, les possibilités de promenades sur un itinéraire sécurisé sont très souvent inexistantes. Pourtant, elles aussi ont besoin d’aller prendre l’air et de se déplacer en sécurité. J’ajoute pour terminer sur ce sujet essentiel que les gaz à effet de serre non produits en utilisant ses chaussures ou son vélo, plutôt que la voiture pour les petites distances, c’est un air plus respirable pour tous. C’est aussi bon pour la planète.
Enfin, l’acceptation de ces changements ne peut se faire sans l’implication des citoyens dans l’élaboration de ces politiques favorables aux mobilités actives. Faire participer celles et ceux qui se déplacent déjà à pied et à vélo ou qui ont une vraie volonté de le faire, intégrer leurs remarques et propositions, consulter les habitants, c’est s’assurer de viser juste.
