
Cette semaine La lettre des Petites Villes pose 3 questions à Eric Chenut, Présidente de Mutualité Française, pour mieux comprendre enjeux liés à l’accès aux soins et à la prévention dans les territoires.
- Quel rôle joue aujourd’hui la Mutualité Française auprès des collectivités locales, et en particulier des petites villes, pour renforcer l’accès aux soins et la prévention ?
Historiquement, le Mouvement mutualiste s’est fédéré en partant des réalités territoriales et non nationalement. Cela lui a permis de faire continuellement évoluer ses services pour répondre concrètement aux besoins exprimés par les citoyens.
Aujourd’hui, avec plus de 30 millions de personnes protégées, 440 mutuelles fédérées, 3 000 services de soins et d’accompagnement mutualistes (établissements d’hospitalisation, centres d’audition, Ehpad, crèches, etc.), plus de 25 000 actions de prévention en proximité, les militants et salariés mutualistes contribuent directement à l’accès aux soins sur les territoires hexagonaux et ultramarins.
A l’heure où 65% des Français déclarent avoir dû renoncer à des soins de santé au cours des 12 derniers mois (Carnet de santé de la Mutualité Française, 2025) et où les transitions démographique, environnementale et numérique bouleversent notre modèle de Protection sociale, les 17 unions régionales de la Mutualité Française la positionne comme un acteur éthique et performant du système de santé partout sur les territoires.
Pour renforcer l’accès aux soins et la prévention, le rôle des collectivités territoriales et particulièrement des villes est essentiel. Par les différentes politiques publiques qu’elles mettent en œuvre, elles ont un impact majeur sur les déterminants de santé : cadre scolaire, infrastructures des mobilités et transports, logements, infrastructures sportives, etc.
- Quelles difficultés spécifiques observez-vous dans ces territoires (déserts médicaux, renoncement aux soins, fragilités sociales) et quelles solutions concrètes peuvent être mises en œuvre avec les acteurs locaux ?
En France, 87% de la population vit dans un désert médical et 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Au niveau national, les Français habitant en zone rurale et dans de petites agglomérations sont plus directement concernés par les difficultés d’accéder à un médecin généraliste (respectivement 43% et 42%), contrairement aux habitants de l’agglomération parisienne (25%) par exemple.
Face à ces enjeux, la Mutualité Française propose de faire des collectivités territoriales les moteurs d’une politique de santé adaptée, juste et ambitieuse. Concrètement, cela doit passer par :
- Le soutien d’une structuration d’une offre coordonnée de premier recours, notamment en développant les équipes de soins traitantes. Celles-ci permettent d’associer professionnels médicaux, paramédicaux et pharmaciens avec les objectifs de renforcer le partage de compétences, d’optimiser les ressources médicales et de favoriser la prise en charge globale et coordonnée des patients.
- Le renforcement du rôle des collectivités territoriales en tant qu’acteurs de la santé publique et de la cohésion sociale : c’est une condition pour favoriser l’accès aux soins et réunir l’ensemble des acteurs de la santé autour d’elles sur les territoires.
- La garantie d’un accès au service d’accueil de la petite enfance et d’un accompagnement à la hauteur des enjeux du grand âge.
Plus largement, un investissement dans la prévention et l’éducation à la santé devrait être soutenu pour : faire de la prévention en santé mentale une priorité locale, former les agents publics aux premiers secours en santé mentale et renforcer l’activité physique et le sport-santé.
Pour relever ces défis, l’ensemble des acteurs de santé du territoire (mutuelles, professionnels de santé, établissements publics, financeurs, etc.) doivent travailler de concert au service des populations.
- Vous avez lancé les États généraux de la santé : quels en sont les objectifs et comment les collectivités peuvent-elles s’inscrire dans cette dynamique pour faire émerger des réponses adaptées aux territoires ?
Notre modèle social est à la croisée des chemins, le statut quo n’est plus possible.
Les débats politiques actuels se cantonnent à aborder l’année en cours ou celle à venir, or nous dépensons 330 milliards d’euros chaque année pour notre santé : cela ne mérite-il pas la coconstruction d’une stratégie nationale, dotée d’une vision pluriannuelle des financements ? Les premiers contributeurs à notre système de santé en sont aussi les premiers bénéficiaires : les assurés sociaux. Pourtant, nous ne les questionnons jamais sur leurs besoins, leurs attentes et ce à quoi ils sont prêts. N’est-ce pas une condition de l’acceptabilité sociale que de leur donner la parole ?
Fort de ces constats, plus de 50 organisations de la société civile, dont l’APVF, se réunissent pour piloter des Etats Généraux de la Santé et de la Protection sociale. La première phase, une consultation nationale ouverte sur placedelasante.fr du 17 novembre 2025 au 17 février 2026 a été une réussite inédite : plus de 75 000 assurés sociaux et professionnels de santé et de l’accompagnement nous ont fait part de leurs attentes et priorités.
La démarche entre désormais dans une phase d’ateliers territoriaux (hexagonaux et ultramarins) permettant de formuler des propositions en réponse aux attentes citoyennes et professionnelles exprimées. Notre objectif : aboutir à l’automne 2026 à un panel de propositions systémiques et cohérentes permettant de rendre notre Protection sociale plus soutenable et solidaire, notamment à l’aube des échéances électorales de 2027.
Crédit photo : FNMF – Hervé Thouroude
