Municipales 2026 : les maires des petites villes peuvent-ils répondre à la crise du logement ?

26 février 2026

Longtemps perçu comme un sujet électoralement risqué, le logement est en train de s’imposer comme un thème central des élections municipales à venir. À un an du scrutin de 2026, les signaux sont clairs : loin de pénaliser les édiles, l’action en matière de construction et de rénovation pourrait désormais constituer un atout, en particulier dans les villes de 5 000 à 25 000 habitants.
Alors, une question traverse les exécutifs locaux : agir sur le logement est-ce un risque électoral… ou un passage obligé ?

Le logement, désormais un critère explicite du vote

Les attentes des électeurs sont désormais clairement formulées. Le dernier baromètre du logement réalisé par Odoxa pour Nexity, BFM Business et Capital révèle que 71 % des Français déclarent qu’ils tiendront compte des propositions des candidats sur le logement lors des municipales.

Ce chiffre marque une rupture. Le logement n’est plus un sujet périphérique ni un angle mort du débat local : il devient un critère de choix assumé, y compris dans des territoires où la conflictualité autour de la construction est forte. Les électeurs attendent moins des discours que des réponses concrètes : produire, rénover, adapter.

« Maires bâtisseurs, maires battus » : un adage en question

L’étude Maires bâtisseurs, maires battus ?, menée par l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement (IDHEAL) avec le CEVIPOF. Dirigée par Martial Foucault (CEVIPOF) et Pierre-Henri Bono (LIEPP, département d’économie), elle s’appuie sur une analyse fine des élections municipales de 2020 et de l’évolution du stock de logements sur le mandat précédent.

Premier enseignement : le lien entre politiques locales du logement et résultats électoraux existe, mais il varie fortement selon la taille des communes. Et c’est précisément dans les petites villes que les conclusions sont les plus structurantes.

Dans les petites villes, construire devient un exercice d’équilibre

Pour les communes de 5 000 à 25 000 habitants, l’étude montre que ne pas agir sur le logement expose davantage à une défaite que d’agir. Les maires sortants les plus fragilisés sont ceux qui ont très peu augmenté leur stock de logements. À l’inverse, l’action n’est pas automatiquement sanctionnée.

Mais l’étude met aussi en garde contre une approche uniquement quantitative. Dans les villes de 5 000 à 25 000 habitants  les maires ayant le plus fortement augmenté leur stock sont eux aussi plus exposés. Les chercheurs identifient ainsi une zone de production « optimale », comprise entre 2,5 % et 9 % du stock de logements sur le mandat.

Autrement dit, il faut construire, mais pas n’importe comment ni à n’importe quel rythme. La lisibilité de la stratégie, la concertation locale, la qualité urbaine et l’adéquation aux besoins comptent autant que les volumes produits.

En dessous de 5000 habitants : une logique différente

L’étude montre également que, les communes de moins de 5 000 habitants, les maires réélus sont en moyenne ceux qui ont le plus augmenté leur stock de logements. Dans ces territoires, la construction apparaît moins conflictuelle et davantage perçue comme un levier de maintien de la population et des services.

Ce contraste éclaire la situation spécifique des petites villes : elles ne bénéficient ni de la souplesse du rural, ni de la capacité d’absorption des grandes métropoles, mais concentrent pourtant des attentes fortes, venues à la fois de leurs habitants et des territoires environnants.

Des maires convaincus, mais souvent contraints

Dernier enseignement majeur : le décalage entre la priorité politique accordée au logement et les marges de manœuvre réelles. Près de deux tiers des maires interrogés estiment que le logement est un enjeu « très important » pour leur commune, et une large majorité en fait une priorité d’action. Pourtant, beaucoup se disent freinés par la rareté du foncier, la complexité normative, les capacités financières limitées ou encore l’acceptabilité locale des projets.

2026 : le logement comme test de crédibilité locale

À un an des municipales, une conclusion s’impose pour les petites villes : le logement n’est plus un risque électoral à éviter, mais un sujet structurant à maîtriser. Les électeurs attendent des maires qu’ils assument une ligne claire, proportionnée et adaptée aux réalités locales.

En 2026, ce ne sera sans doute pas le fait de construire qui sera jugé, mais la capacité à expliquer, à réguler et à inscrire l’action sur le logement dans un projet de territoire lisible et partagé.

Pour aller plus loin

Sondage IDHEAL: Crise du logement, parole aux Maires

Etude IDHEAL / CEVIPOF: Maires Bâtisseurs, Maires Battus ?

Baromètre logement ODOXA : Municipales 2026