
Le développement du commerce dans les petites villes sera l’un des enjeux majeurs du prochain mandat municipal. Le commerce coopératif constitue un des chaînons décisifs de ce développement. A ce titre, la Lettre des Petites Villes pose, cette semaine, 3 questions à Olivier Urrutia, Délégué général de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé (FCA).
1/ Si de nombreuses enseignes du commerce coopératif sont connues, son modèle l’est encore insuffisamment auprès des maires. Pourriez-vous nous en dire davantage ?
Le commerce coopératif et associé est un modèle entrepreneurial qui repose sur un principe simple : des commerçants indépendants se regroupent au sein d’une coopérative afin de mutualiser des moyens stratégiques – notamment les achats, la logistique, les outils numériques, la marque ou encore certaines fonctions de support – tout en conservant la pleine propriété et la gestion de leur point de vente.
Il est solidement implanté en France où il pèse 41% du commerce de détail et plus d’une pharmacie sur deux, avec 41 000 chefs d’entreprise indépendants, 52 000 points de vente et 650 000 emplois.
À la différence des groupes intégrés classiques, où les magasins appartiennent à une entreprise unique, ou de la franchise, où la relation entre franchiseur et franchisé est strictement contractuelle, dans le modèle coopératif et associé les adhérents sont à la fois des entrepreneurs locaux à la tête de leur affaire et copropriétaires de leur enseigne. Ils participent collectivement à sa gouvernance, qui repose sur un principe démocratique : « une personne, une voix ».
C’est un atout immense pour un territoire. D’abord, cela favorise un ancrage durable, puisque les commerçants sont personnellement investis dans la vie économique et sociale de leur commune. Cela permet ensuite de concilier la solidité d’une enseigne nationale avec l’agilité d’un entrepreneur local, qui épouse les besoins spécifiques de son bassin de vie. C’est un modèle non délocalisable, non « opéable », dont le nombre de points de vente connaît une croissance annuelle moyenne de 8% depuis 2017, quand le secteur dans son ensemble s’inscrit, lui, en recul.
Dans un contexte de transformation rapide du commerce – digitalisation, transition environnementale, recomposition des centralités commerciales – le modèle du commerce coopératif et associé apparaît ainsi comme un levier de résilience et d’équilibre territorial. Mieux le faire connaître auprès des maires et des décideurs publics constitue donc un enjeu important pour l’ensemble de ses acteurs, afin de renforcer le dialogue entre collectivités et réseaux commerciaux et de soutenir des formes d’entrepreneuriat profondément enracinées dans les territoires.
2/ D’après une étude que vous avez fait paraître avec Xerfi, les deux tiers des commerces coopératifs se trouvaient dans les communes de moins de 20 000 habitants. Comment ces commerces participent-ils à la vitalité de ces territoires ?
Avec 70 % des points de vente dans les villes de moins de 20 000 habitants, la contribution du commerce coopératif et associé à l’animation de la vitalité locale est très concrète et riche : biens et services de proximité notamment dans l’alimentation, l’optique et la santé, investissement, animation commerciale, création d’emplois, contribution aux recettes fiscales… Ce sont en outre des lieux de circulation et de rencontres, qui créent un lien social si essentiel à l’heure où la division fracture le corps social du pays. Ajoutons à tout cela que les chefs d’entreprise du commerce coopératif et associé, en leur qualité d’indépendants, s’impliquent activement et financièrement dans la vie culturelle, associative et sportive de leur territoire.
3/ Pour les prochains élus municipaux, quels leviers actionner pour soutenir le commerce coopératif et associé dans leur commune ?
Voilà une belle question ! En ayant à l’esprit les nombreux atouts de notre modèle pour leur collectivité, ce serait une grande avancée que les élus locaux adoptent le réflexe du commerce coopératif et associé en encourageant son installation et son développement. Si les élus locaux doivent bien sûr veiller à l’équilibre de l’offre commerciale et à un urbanisme cohérent et adapté, le modèle coopératif et associé fait une vraie différence : il offre des garanties de pérennité, d’implication dans la vie locale et de partenariat avec les élus bien plus fortes que tout autre modèle. Il est indispensable de mieux faire connaître ce pilier du paysage économique et social du pays et de ses territoires, pour qui la proximité n’est pas un vain mot !
Pour en savoir plus sur les 14 propositions de la FCA pour les élus locaux, suivre ce lien
