GEMAPI : une avancée au Sénat, des attentes fortes des petites villes

Adoptée à l’unanimité au Sénat, la proposition de loi sur la GEMAPI marque une évolution attendue, notamment en matière de solidarité financière. Pour l’APVF, plusieurs points vont dans le bon sens, mais des clarifications restent indispensables pour garantir un dispositif soutenable et équitable pour les petites villes.

Le Sénat a adopté le 7 avril une proposition de loi visant à renforcer la gouvernance de la GEMAPI, dans un contexte de pressions croissantes sur les collectivités. Le texte reconnaît explicitement les déséquilibres territoriaux et financiers qui pèsent aujourd’hui sur l’exercice de cette compétence.

La création d’un mécanisme de solidarité à l’échelle des bassins versants constitue une avancée importante. En s’appuyant sur les établissements publics territoriaux de bassin (EPTB), il vise à mieux répartir les charges entre territoires. Pour l’APVF, cette orientation est essentielle : la gestion des risques d’inondation ne peut reposer uniquement sur les collectivités les plus exposées, souvent les moins dotées.

Au-delà de cette évolution, les petites villes partagent un constat largement exprimé par les associations d’élus : la GEMAPI reste une compétence lourde, coûteuse et encore insuffisamment accompagnée. Le transfert progressif de responsabilités vers le bloc communal, notamment en matière d’ouvrages de protection, s’est souvent fait sans visibilité budgétaire ni compensation adaptée.

Dans ce contexte, plusieurs points de vigilance sont à prendre en compte. D’abord, le rôle de l’État doit être pleinement maintenu. La prévention des inondations relève d’un enjeu de sécurité publique qui appelle une solidarité nationale effective, tant sur le plan financier que sur celui de l’ingénierie.

Ensuite, le périmètre de la GEMAPI ne doit pas être étendu de manière implicite. Les communes ne peuvent se voir transférer de nouvelles responsabilités, notamment en matière de recul du trait de côte ou de gestion élargie du ruissellement, sans cadre national clair et sans moyens dédiés.

Enfin, la question du financement demeure centrale. La seule taxe GEMAPI ne peut suffire à couvrir des besoins croissants et très inégalement répartis. À cet égard, l’APVF rejoint les orientations portées par plusieurs associations d’élus en faveur d’un renforcement des financements nationaux, qu’il s’agisse du fonds Barnier, du fonds vert ou des agences de l’eau.

Alors que le texte poursuit son parcours parlementaire, l’APVF appelle à consolider ces avancées. L’enjeu est clair : garantir une GEMAPI soutenable pour les collectivités et efficace pour la protection des populations, dans un cadre fondé sur la solidarité entre territoires et sur un partenariat équilibré avec l’État.

Politiques climatiques : des avancées réelles mais encore insuffisantes dans les territoires

Les politiques climatiques territoriales ont progressé ces dernières années, mais elles restent en décalage avec l’urgence climatique. C’est le principal enseignement du rapport du Haut Conseil pour le climat, qui appelle à un changement d’échelle rapide de l’action locale.

Des outils de planification encore inégalement déployés

La couverture des plans climat-air-énergie territoriaux (PCAET) atteint désormais environ 73 % des intercommunalités, un niveau en nette progression. Pour autant, les objectifs fixés restent hétérogènes et encore partiellement alignés avec les trajectoires nationales, notamment en matière d’adaptation ou de puits de carbone.

Ces écarts se traduisent concrètement par des politiques parfois peu cohérentes avec d’autres secteurs clés comme l’urbanisme ou les mobilités, ce qui limite leur efficacité.

Un besoin d’investissement encore sous-dimensionné

L’investissement des collectivités en faveur du climat est en hausse depuis le début des années 2020, mais il demeure insuffisant au regard des besoins. Plusieurs freins sont identifiés : manque de visibilité sur les ressources, complexité des dispositifs et dispersion des financements.

Le rapport insiste sur la nécessité de mettre en place des programmations pluriannuelles d’investissement pour mieux articuler stratégie climatique et stratégie financière, en particulier pour les projets structurants portés par les collectivités.

Une ingénierie encore insuffisante pour passer à l’action

Le déficit d’ingénierie constitue un autre point de blocage majeur. En 2024, les moyens nationaux dédiés à l’ingénierie territoriale (ANCT, Ademe, Cerema) sont estimés à environ 200 millions d’euros, un niveau jugé insuffisant au regard des besoins.

Ce manque se traduit par des difficultés concrètes de mise en œuvre : les crédits engagés dans certains dispositifs n’ont été consommés qu’à hauteur de 55 % en moyenne, faute de capacité d’ingénierie locale.

Des enjeux d’équité territoriale renforcés

Le rapport souligne également que les territoires sont inégalement exposés aux effets du changement climatique et inégalement armés pour y répondre. Certaines collectivités, notamment littorales, font face à des coûts d’adaptation très élevés, parfois sans rapport avec leurs capacités financières.

Dans ce contexte, les collectivités locales jouent un rôle clé pour accompagner les populations, en particulier les plus vulnérables, que ce soit en matière de logement, de mobilités ou de santé.

Simplifier et rendre plus lisible l’action publique

Enfin, la multiplication des dispositifs nationaux (programmes, appels à projets, labels) complexifie l’accès aux financements pour les collectivités. Le Haut Conseil appelle donc à une meilleure coordination et à une simplification des outils existants, notamment via la contractualisation.

Télécharger le rapport du Haut Conseil pour le climat

Dotations d’investissement : faire plus avec moins

Une circulaire publiée le 1er avril, présente les orientations de l’État en matière de soutien à l’investissement local. Sont présentées les règles de gestion en 2026 du fonds vert et des dotations de l’État pour l’investissement local, dans un contexte de contraintes financières.

La circulaire, endossée par Monique Barbut, ministre de la transition écologique, et Françoise Gatel, ministre de l’aménagement du territoire, liste six priorités. La première concerne l’adaptation au changement climatique, qui doit devenir un « réflexe » dans tous les projets financés, notamment face aux risques naturels (inondations, sécheresse). Une part significative des ressources du Fonds vert y est consacrée, en cohérence avec le plan national d’adaptation (PNACC-3) et la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC).

La deuxième priorité vise la préservation du foncier, en limitant l’artificialisation des sols et en favorisant le recyclage des friches. La troisième porte sur l’équilibre territorial, avec une attention accrue aux territoires ruraux. La quatrième concerne la rénovation énergétique des bâtiments publics, avec des objectifs ambitieux (au moins 40 % d’économies d’énergie) et des exigences techniques précises, notamment pour les bâtiments scolaires.

La cinquième priorité est l’électrification des usages (mobilité, chauffage), afin de soutenir la décarbonation. La sixième vise le renforcement de la planification écologique locale, via des outils contractuels (PCAET, CRTE, CPER), avec un ciblage prioritaire des projets inscrits dans ces cadres.

Le texte fixe également des objectifs chiffrés de « verdissement » des dépenses publiques (jusqu’à 35 % pour certaines dotations) et impose un suivi de l’impact écologique des projets.

Enfin, il insiste sur la simplification et la déconcentration de la gestion des aides, avec mutualisation des procédures, guichet unique dématérialisé et recherche de cofinancements (notamment européens), tout en renforçant les exigences de transparence, de pilotage et de communication.

Ces objectifs se heurtent néanmoins à un certain nombre de contraintes structurelles.

Premièrement, les objectifs chiffrés restent ambitieux par rapport aux capacités budgétaires au niveau local. Selon la loi de finances pour 2026, les cibles de dépenses vertes pour les dotations à destination des collectivités sont : 25 % pour la DETR, 30 % pour la DSID, 35 % pour la DSIL et 15 % pour le FNADT. « stabilisation » de « la cible de soutien aux projets concourant à la transition écologique »

Or, la majorité des dépenses locales, en particulier de fonctionnement, demeure peu transformable à court terme. L’investissement public local représente environ 70 % de l’investissement public civil, mais une part limitée est immédiatement orientable vers des projets éligibles au verdissement, ce qui réduit la capacité à atteindre les cibles nationales.

Deuxièmement, la part importante de dépenses non cotées constitue un obstacle méthodologique. Près de 17 % des dépenses publiques totales restent sans évaluation environnementale, reflétant des difficultés similaires pour les collectivités, qui manquent souvent de données ou d’outils pour mesurer l’impact écologique de leurs projets.

Troisièmement, la dispersion et la complexité des dispositifs (DSIL, DETR, DSID, FNADT, Fonds vert) imposent des exigences techniques élevées, notamment en matière de suivi de l’impact écologique. Les petites collectivités, et an particulier les petites villes, représentant la majorité des communes, disposent de ressources humaines et techniques limitées, ce qui freine la programmation de projets verts conformes aux critères requis.

Enfin, la dépendance aux cofinancements et la nécessité d’équilibre budgétaire limitent la capacité d’engager de nouveaux projets ambitieux. Même lorsque des projets répondent aux critères écologiques, leur financement reste conditionné à la mobilisation de subventions ou de prêts complémentaires.

Quel développement du solaire dans votre commune lors du prochain mandat ?

Enerplan, syndicat des professionnels de l’énergie solaire, propose aux collectivités territoriales un cadre d’action, structuré autour de six leviers, pour accélérer le déploiement du solaire photovoltaïque. Le document, centré sur les communes et leur intercommunalité, s’inscrit dans un contexte de transition énergétique et où le choix du solaire peut faire figure d’opportunité.

La première clé, « s’approvisionner en énergie solaire », met l’accent sur la capacité des collectivités à sécuriser leur approvisionnement énergétique. Le document souligne les possibilités offertes par le développement de projets photovoltaïques permettant une production locale d’électricité, notamment à travers des dispositifs d’autoconsommation ou des formes contractuelles adaptées. Cette orientation vise à renforcer l’autonomie énergétique et à mieux maîtriser les coûts dans un contexte de volatilité des prix.

La deuxième clé, « patrimoine et foncier municipaux », insiste sur le rôle direct des collectivités en tant que propriétaires. Les bâtiments publics, les parkings ou encore les terrains disponibles constituent des supports potentiels pour le déploiement d’installations solaires. Le document met en avant la mobilisation de ces ressources comme un levier immédiat d’action.

La troisième clé, « urbanisme », renvoie aux compétences réglementaires des collectivités. Les documents de planification et les règles locales peuvent être mobilisés pour faciliter l’intégration du solaire dans les projets d’aménagement. Cette dimension souligne le rôle structurant de l’urbanisme dans l’organisation du développement énergétique à l’échelle territoriale.

La quatrième clé, « logement, commerce et industrie », élargit le périmètre d’action au-delà du seul patrimoine public. Elle met en évidence la capacité des collectivités à encourager le déploiement du solaire dans les secteurs résidentiel et économique, en agissant sur les dynamiques locales et les projets d’aménagement.

La cinquième clé, « mobilité : rouler au solaire », introduit la question des usages énergétiques liés aux déplacements. Le document souligne les interactions entre production d’électricité photovoltaïque et développement des mobilités électriques, en particulier à travers les infrastructures de recharge.

Enfin, la sixième clé, « solidarité pour une transition locale, juste et inclusive », inscrit l’action dans une dimension sociale. Le développement du solaire est présenté comme un levier pouvant contribuer à une transition énergétique plus équitable, notamment en intégrant des enjeux d’accessibilité et de partage des bénéfices à l’échelle locale.

Dans son ensemble, le document propose une approche intégrée du développement du solaire, en mettant en avant les marges de manœuvre dont disposent les collectivités.

Retrouver l’ensemble de ces propositions sur le site d’Enerplan.

Agences de l’eau : les sénateurs demandent le respect de la liberté des communes

Une mission flash du Sénat critique la manière dont certaines agences de l’eau appliquent la loi du 11 avril 2025, qui a redonné aux communes la liberté de choisir l’échelon de gestion de l’eau et de l’assainissement. Les sénateurs appellent l’État à clarifier les règles d’attribution des aides afin d’éviter toute pression financière sur les collectivités.

La délégation aux collectivités territoriales du Sénat vient de rendre les premières conclusions d’une mission consacrée aux agences de l’eau et à l’attribution de leurs aides aux collectivités. Adopté à l’unanimité, ce travail s’intéresse à l’application de la loi du 11 avril 2025, qui a mis fin au transfert obligatoire des compétences eau et assainissement vers les intercommunalités.

Ce texte a réaffirmé le principe de libre administration des collectivités territoriales, laissant aux élus locaux la possibilité de déterminer l’échelon le plus pertinent pour exercer ces compétences.

Or, plusieurs élus ont alerté les parlementaires sur les difficultés rencontrées pour accéder aux aides des agences de l’eau. Celles-ci distribuent chaque année près de deux milliards d’euros de subventions destinées à financer les infrastructures et les investissements liés à la politique de l’eau.

Selon les sénateurs, certaines pratiques peuvent fragiliser l’esprit de la réforme. Dans certains cas, l’octroi des aides dépendrait encore de la nature juridique du porteur de projet, les dossiers portés par les intercommunalités étant parfois privilégiés par rapport à ceux portés directement par les communes.

Les rapporteurs soulignent toutefois qu’une mise en conformité progressive des agences avec la loi semble engagée. Les auditions menées ont permis d’ouvrir un dialogue avec ces opérateurs de l’État et d’amorcer l’adaptation de certains critères d’intervention.

Afin de sécuriser l’application de la loi, la mission recommande que le ministère de la Transition écologique publie une circulaire précisant clairement les règles d’éligibilité aux aides et excluant toute condition liée au statut du porteur de projet. Les sénateurs proposent également que les refus de subventions soient systématiquement motivés et puissent faire l’objet d’un recours administratif.

Les parlementaires appellent enfin à renforcer la solidarité territoriale, notamment dans les communes situées en zone France ruralités revitalisation (FRR), et à mieux sécuriser le financement du renouvellement des réseaux d’eau. Autant de sujets qui devraient continuer d’alimenter les échanges entre l’État, les agences et les collectivités dans les prochains mois.

GEMAPI : derrière la polémique, une question centrale de moyens pour les collectivités

Alors que plusieurs départements de l’Ouest ont été frappés par des crues d’une intensité exceptionnelle, la compétence dite « GEMAPI » s’est retrouvée au cœur d’un débat entre l’État et les collectivités. Derrière la polémique, c’est la question des moyens réels dont disposent les intercommunalités pour assurer la prévention des inondations qui est posée, dans un contexte d’accélération des aléas climatiques.

Instaurée par la loi de 2014 et pleinement exercée par les intercommunalités depuis 2018, la GEMAPI confie au bloc communal la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, ce qui inclut l’entretien des cours d’eau, la surveillance et la consolidation des digues, la restauration des zones humides et la réduction de la vulnérabilité des territoires. Il s’agit d’une compétence structurante, à la croisée de la sécurité civile, de l’aménagement du territoire et de l’adaptation au changement climatique.

Les récents épisodes de crues ont mis en lumière la fragilité de certains ouvrages de protection. Dans plusieurs territoires, des digues ont été submergées ou endommagées, entraînant des dégâts importants. Ces infrastructures, souvent anciennes et complexes, nécessitent des investissements lourds et réguliers, que les collectivités doivent désormais assumer.

La controverse est née de déclarations gouvernementales évoquant la possibilité, pour les collectivités, « d’utiliser davantage la taxe GEMAPI », plafonnée à environ 40 euros par habitant et par an. Or, sur le terrain, les élus rappellent que le produit de cette taxe reste très éloigné des besoins réels, les montants nécessaires à la remise à niveau des ouvrages se chiffrant parfois en dizaines de millions d’euros à l’échelle d’un seul territoire. L’Association des maires de France et Intercommunalités de France ont ainsi souligné le décalage entre les charges transférées et les ressources disponibles.

Au-delà du débat conjoncturel, la GEMAPI pose une question plus large d’équilibre territorial. La prévention des inondations s’inscrit à l’échelle des bassins versants : les décisions prises en amont influencent directement les risques en aval. Une logique de solidarité entre territoires apparaît donc indispensable, afin de mutualiser les efforts et d’éviter que les collectivités les plus exposées ne supportent seules le poids financier des aménagements.

Une proposition de loi doit être examinée au Sénat en avril afin d’assouplir le cadre financier de la compétence et d’envisager de nouveaux mécanismes de solidarité, ainsi qu’un recours accru aux dispositifs nationaux de prévention des catastrophes naturelles. La clarification des responsabilités et la sécurisation des financements constituent aujourd’hui un enjeu majeur pour les collectivités.

Dans les petites villes, qui assurent souvent une fonction de centralité pour des bassins de vie élargis et concentrent des équipements structurants, la gestion du risque inondation ne relève pas d’un sujet technique secondaire. Elle touche directement à la protection des habitants, à la continuité des services publics et à la résilience des territoires.

Moins de brun, plus de vert : un levier stratégique pour les petites villes

Les communes sont en première ligne de la transition écologique. Porteuses d’équipements publics essentiels, écoles, équipements sportifs, voirie, bâtiments municipaux, elles structurent durablement les trajectoires d’émissions de leurs territoires. Mais dans un contexte budgétaire toujours plus contraint, comment financer l’accélération des investissements climat ?

Une étude récente d’I4CE met en lumière un levier encore insuffisamment mobilisé : la redirection des dépenses locales en réduisant progressivement les investissements défavorables au climat (« bruns ») pour dégager des marges de manœuvre au profit d’investissements bas-carbone.

Depuis 2014, les collectivités ont amorcé un mouvement en ce sens à travers une baisse des achats de véhicules thermiques légers, efforts de maîtrise des consommations énergétiques, montée en puissance des investissements dans la rénovation énergétique ou les mobilités durables. Mais la dynamique reste fragile. En 2024, les investissements climat ont stagné, tandis que certaines dépenses carbonées sont reparties à la hausse.

Or, pour respecter la trajectoire de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), les investissements défavorables des collectivités devraient diminuer de près de 75 % d’ici 2035. Un changement d’échelle considérable, qui implique des arbitrages plus structurants : limitation de la construction neuve artificialisante, sortie accélérée des équipements fossiles, intégration systématique du critère climat dans les décisions d’investissement.

La redirection ne suffira pas, à elle seule, à couvrir l’ensemble des besoins d’investissement liés à la transition. Mais dans un contexte de tension sur les finances locales, elle représente un levier indispensable pour concilier responsabilité budgétaire et ambition climatique.

Télécharger l’étude.

Un Memento pour répondre aux défis du changement climatique

A l’approche des municipales, les contributions pour nourrir les programmes des candidats fleurissent. La Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) présente un Memento à l’usage des candidats aux élections municipales 2026 pour répondre aux défis du changement climatique.

La lutte contre le changement climatique et l’adaptation des communes du fait de ces dérèglements est désormais incontournable dans les programmes des candidats aux municipales. La FNTP propose aux candidats un Memento pour faire face à ces enjeux, autour de quatre grands axes : comprendre, anticiper, agir et mobiliser des moyens.

Le document se présente comme un ensemble de « propositions concrètes » pour les communes. Les actions vont de la cartographie des besoins, avec par exemple l’établissement d’un état du patroimoine ou la cartographie du potentiel de végétalisation, à la mise en oeuvre d’un aménagement local adapté aux enjeux de dérèglement climatique, avec l’adoption d’un PLUI bioclimatique par exemple.

 

Télécharger le Memento à l’usage des candidats aux élections municipales 2026 pour répondre aux défis du changement climatique sur le site de la Fédération Nationale des Travaux publics

Fonds friches et mesure de recyclage foncier : une efficacité à parfaire

La Cour des comptes a publié fin janvier 2026 un rapport public thématique sur le fonds friches et les mesures de recyclage du foncier. Tout en confortant la politique de réhabilitation des friches, elle formulé un certain nombre de recommandations pour clarifier et cibler le dispositif. 

Des objectifs multiples

Les magistrats de la rue Cambon constatent dans leur rapport que la politique de réhabilitation des friches s’est vue assigner au fil des années une multitude d’objectifs et d’orientations, ne facilitant pas, selon la Cour, sa compréhension et mettant en cause son efficacité. Historiquement, la politique de réhabilitation des friches participe à des objectifs industriels, économiques et d’aménagement du territoire. En 2021, après la crise sanitaire, le fonds friches avait vocation à relancer le secteur des travaux publics et, en même temps, de lutter contre l’artificialisation des sols. Puis, au sein des dispositifs de recyclage du foncier du fonds vert, la production de logements sociaux et la relocalisation d’industries vertes ont été ajoutées. Lorsque la réhabilitation est adossée au programme Action cœur de ville ou Petites villes de demain, l’objectif recherché est l’aménagement et le soutien aux territoires en déprise.

Des moyens déconcentrés et inégalés mis au service du recyclage des friches

Une enveloppe de 1,4 milliards d’euros entre 2021 et 2024 est gérée par les préfectures de régions, soit 350 millions d’euros par an. On est très loin des enveloppes annuelles de 5 millions d’euros de l’Ademe. Face à ces moyens la Cour des comptes accuse le défaut d’actualisation des formations et le manque de performance des outils de suivi.

Une amélioration souhaitable de la qualification et de la connaissance des friches

La Cour des comptes constate que la France a fait le choix de donner une définition particulièrement extensive des friches contrairement à d’autres pays européens. Si cela a permis à de nombreux projets d’être financés, les crédits gagneraient selon elle a été moins dilués et les friches mieux connues. L’outil de recensement Cartofriches conçu par le CEREMA doit être davantage utilisé par les collectivités.

Des résultats contrastés

Les données à disposition font apparaître des résultats limités au regard des objectifs annoncés : 32 000 logements aidés, dont 11 000 logements sociaux ; 29 % de ces projets seulement sont situés en zone tendu ; 22 % des crédits de paiement n’était pas encore consommés à leur terme en 2024 ; 2 750 hectares recyclés sur 3 375 annoncés ; entre 5 500 et 8 000 hectares non artificialisés. A noter que le lien de causalité entre la subvention et le recyclage foncier n’a pu être établi par l’enquête de la Cour des comptes.  La subvention n’aurait eu un effet déclencheur que pour 30 % des projets.

Télécharger le rapport public thématique 

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Audition de Frédéric Leveillé par l’Assemblée de la Terre : « Il faut libérer l’intelligence économique des petites villes »

Auditionné par l’Assemblée de la Terre, espace de réflexion universitaire consacré aux politiques du vivant et aux trajectoires de transition écologique, Frédéric Leveillé, Maire d’Argentan et membre du Bureau de l’APVF, a porté la voix des petites villes. L’occasion de rappeler leur rôle central dans l’action climatique locale, d’identifier les freins qu’elles rencontrent et de défendre des moyens adaptés à leurs capacités d’investissement et d’ingénierie.

À l’invitation de l’Assemblée de la Terre, dispositif pluridisciplinaire réunissant chercheurs et praticiens autour des enjeux du droit du vivant et de la soutenabilité, l’Association des Petites Villes de France a participé à une audition consacrée à la contribution des collectivités locales aux objectifs climatiques et environnementaux. Cet échange visait à confronter les approches théoriques aux réalités de terrain et à mieux comprendre les conditions concrètes de mise en œuvre des politiques publiques locales.

Représentant l’APVF, Frédéric Leveillé, Maire d’Argentan et membre du Bureau, a rappelé la place stratégique des communes de 2 500 à 25 000 habitants dans l’organisation des territoires. Villes-centres, bourgs structurants ou pôles de services, elles assurent des fonctions essentielles pour des bassins de vie souvent étendus en matière de services publics, de santé, de mobilités, de commerces et d’activité économique. À ce titre, elles constituent un maillon décisif de la transition écologique.

Sur le terrain, les actions engagées sont d’abord pragmatiques et directement opérationnelles. Les petites villes agissent sur les leviers qu’elles maîtrisent : rénovation énergétique des bâtiments publics, modernisation de l’éclairage, développement d’énergies renouvelables locales, sobriété des services, renaturation des espaces urbains, reconversion de friches, soutien aux circuits courts et aux mobilités du quotidien. Ces politiques produisent des effets immédiats, à la fois sur la réduction des émissions, l’adaptation aux risques et l’amélioration du cadre de vie.

L’audition a toutefois mis en évidence les limites auxquelles ces collectivités sont confrontées. Les investissements nécessaires sont élevés pour des budgets contraints. Le manque d’ingénierie spécialisée, la complexité des procédures et la multiplication des appels à projets freinent la mise en œuvre des initiatives. Les élus doivent en permanence concilier transition écologique, maintien des services de proximité et pouvoir d’achat des habitants, ce qui rend les arbitrages particulièrement sensibles.

Face à ces constats, l’APVF a plaidé pour des solutions structurelles plutôt que ponctuelles. Des financements plus lisibles et pluriannuels, moins dépendants de dispositifs concurrentiels, une ingénierie territoriale mutualisée et pérenne, ainsi qu’une simplification normative effective constituent des conditions indispensables pour accélérer les projets. L’objectif est de sécuriser l’action locale et de donner aux petites villes des capacités d’intervention stables.

Au-delà des aspects techniques, le message porté s’inscrit dans une vision plus large du rôle des territoires. Les petites villes ne sont pas uniquement des exécutantes des politiques nationales. Elles sont aussi des espaces d’innovation économique et sociale, capables d’expérimenter des solutions adaptées aux réalités locales. Comme l’a souligné Frédéric Leveillé au cours des échanges, « il faut libérer l’intelligence économique des petites villes ». Leur capacité à articuler transition écologique, développement local et cohésion sociale en fait de véritables laboratoires de la transformation territoriale.