Moins de brun, plus de vert : un levier stratégique pour les petites villes

Les communes sont en première ligne de la transition écologique. Porteuses d’équipements publics essentiels, écoles, équipements sportifs, voirie, bâtiments municipaux, elles structurent durablement les trajectoires d’émissions de leurs territoires. Mais dans un contexte budgétaire toujours plus contraint, comment financer l’accélération des investissements climat ?

Une étude récente d’I4CE met en lumière un levier encore insuffisamment mobilisé : la redirection des dépenses locales en réduisant progressivement les investissements défavorables au climat (« bruns ») pour dégager des marges de manœuvre au profit d’investissements bas-carbone.

Depuis 2014, les collectivités ont amorcé un mouvement en ce sens à travers une baisse des achats de véhicules thermiques légers, efforts de maîtrise des consommations énergétiques, montée en puissance des investissements dans la rénovation énergétique ou les mobilités durables. Mais la dynamique reste fragile. En 2024, les investissements climat ont stagné, tandis que certaines dépenses carbonées sont reparties à la hausse.

Or, pour respecter la trajectoire de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), les investissements défavorables des collectivités devraient diminuer de près de 75 % d’ici 2035. Un changement d’échelle considérable, qui implique des arbitrages plus structurants : limitation de la construction neuve artificialisante, sortie accélérée des équipements fossiles, intégration systématique du critère climat dans les décisions d’investissement.

La redirection ne suffira pas, à elle seule, à couvrir l’ensemble des besoins d’investissement liés à la transition. Mais dans un contexte de tension sur les finances locales, elle représente un levier indispensable pour concilier responsabilité budgétaire et ambition climatique.

Télécharger l’étude.

Un Memento pour répondre aux défis du changement climatique

A l’approche des municipales, les contributions pour nourrir les programmes des candidats fleurissent. La Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) présente un Memento à l’usage des candidats aux élections municipales 2026 pour répondre aux défis du changement climatique.

La lutte contre le changement climatique et l’adaptation des communes du fait de ces dérèglements est désormais incontournable dans les programmes des candidats aux municipales. La FNTP propose aux candidats un Memento pour faire face à ces enjeux, autour de quatre grands axes : comprendre, anticiper, agir et mobiliser des moyens.

Le document se présente comme un ensemble de « propositions concrètes » pour les communes. Les actions vont de la cartographie des besoins, avec par exemple l’établissement d’un état du patroimoine ou la cartographie du potentiel de végétalisation, à la mise en oeuvre d’un aménagement local adapté aux enjeux de dérèglement climatique, avec l’adoption d’un PLUI bioclimatique par exemple.

 

Télécharger le Memento à l’usage des candidats aux élections municipales 2026 pour répondre aux défis du changement climatique sur le site de la Fédération Nationale des Travaux publics

Fonds friches et mesure de recyclage foncier : une efficacité à parfaire

La Cour des comptes a publié fin janvier 2026 un rapport public thématique sur le fonds friches et les mesures de recyclage du foncier. Tout en confortant la politique de réhabilitation des friches, elle formulé un certain nombre de recommandations pour clarifier et cibler le dispositif. 

Des objectifs multiples

Les magistrats de la rue Cambon constatent dans leur rapport que la politique de réhabilitation des friches s’est vue assigner au fil des années une multitude d’objectifs et d’orientations, ne facilitant pas, selon la Cour, sa compréhension et mettant en cause son efficacité. Historiquement, la politique de réhabilitation des friches participe à des objectifs industriels, économiques et d’aménagement du territoire. En 2021, après la crise sanitaire, le fonds friches avait vocation à relancer le secteur des travaux publics et, en même temps, de lutter contre l’artificialisation des sols. Puis, au sein des dispositifs de recyclage du foncier du fonds vert, la production de logements sociaux et la relocalisation d’industries vertes ont été ajoutées. Lorsque la réhabilitation est adossée au programme Action cœur de ville ou Petites villes de demain, l’objectif recherché est l’aménagement et le soutien aux territoires en déprise.

Des moyens déconcentrés et inégalés mis au service du recyclage des friches

Une enveloppe de 1,4 milliards d’euros entre 2021 et 2024 est gérée par les préfectures de régions, soit 350 millions d’euros par an. On est très loin des enveloppes annuelles de 5 millions d’euros de l’Ademe. Face à ces moyens la Cour des comptes accuse le défaut d’actualisation des formations et le manque de performance des outils de suivi.

Une amélioration souhaitable de la qualification et de la connaissance des friches

La Cour des comptes constate que la France a fait le choix de donner une définition particulièrement extensive des friches contrairement à d’autres pays européens. Si cela a permis à de nombreux projets d’être financés, les crédits gagneraient selon elle a été moins dilués et les friches mieux connues. L’outil de recensement Cartofriches conçu par le CEREMA doit être davantage utilisé par les collectivités.

Des résultats contrastés

Les données à disposition font apparaître des résultats limités au regard des objectifs annoncés : 32 000 logements aidés, dont 11 000 logements sociaux ; 29 % de ces projets seulement sont situés en zone tendu ; 22 % des crédits de paiement n’était pas encore consommés à leur terme en 2024 ; 2 750 hectares recyclés sur 3 375 annoncés ; entre 5 500 et 8 000 hectares non artificialisés. A noter que le lien de causalité entre la subvention et le recyclage foncier n’a pu être établi par l’enquête de la Cour des comptes.  La subvention n’aurait eu un effet déclencheur que pour 30 % des projets.

Télécharger le rapport public thématique 

Télécharger la synthèse 

Audition de Frédéric Leveillé par l’Assemblée de la Terre : « Il faut libérer l’intelligence économique des petites villes »

Auditionné par l’Assemblée de la Terre, espace de réflexion universitaire consacré aux politiques du vivant et aux trajectoires de transition écologique, Frédéric Leveillé, Maire d’Argentan et membre du Bureau de l’APVF, a porté la voix des petites villes. L’occasion de rappeler leur rôle central dans l’action climatique locale, d’identifier les freins qu’elles rencontrent et de défendre des moyens adaptés à leurs capacités d’investissement et d’ingénierie.

À l’invitation de l’Assemblée de la Terre, dispositif pluridisciplinaire réunissant chercheurs et praticiens autour des enjeux du droit du vivant et de la soutenabilité, l’Association des Petites Villes de France a participé à une audition consacrée à la contribution des collectivités locales aux objectifs climatiques et environnementaux. Cet échange visait à confronter les approches théoriques aux réalités de terrain et à mieux comprendre les conditions concrètes de mise en œuvre des politiques publiques locales.

Représentant l’APVF, Frédéric Leveillé, Maire d’Argentan et membre du Bureau, a rappelé la place stratégique des communes de 2 500 à 25 000 habitants dans l’organisation des territoires. Villes-centres, bourgs structurants ou pôles de services, elles assurent des fonctions essentielles pour des bassins de vie souvent étendus en matière de services publics, de santé, de mobilités, de commerces et d’activité économique. À ce titre, elles constituent un maillon décisif de la transition écologique.

Sur le terrain, les actions engagées sont d’abord pragmatiques et directement opérationnelles. Les petites villes agissent sur les leviers qu’elles maîtrisent : rénovation énergétique des bâtiments publics, modernisation de l’éclairage, développement d’énergies renouvelables locales, sobriété des services, renaturation des espaces urbains, reconversion de friches, soutien aux circuits courts et aux mobilités du quotidien. Ces politiques produisent des effets immédiats, à la fois sur la réduction des émissions, l’adaptation aux risques et l’amélioration du cadre de vie.

L’audition a toutefois mis en évidence les limites auxquelles ces collectivités sont confrontées. Les investissements nécessaires sont élevés pour des budgets contraints. Le manque d’ingénierie spécialisée, la complexité des procédures et la multiplication des appels à projets freinent la mise en œuvre des initiatives. Les élus doivent en permanence concilier transition écologique, maintien des services de proximité et pouvoir d’achat des habitants, ce qui rend les arbitrages particulièrement sensibles.

Face à ces constats, l’APVF a plaidé pour des solutions structurelles plutôt que ponctuelles. Des financements plus lisibles et pluriannuels, moins dépendants de dispositifs concurrentiels, une ingénierie territoriale mutualisée et pérenne, ainsi qu’une simplification normative effective constituent des conditions indispensables pour accélérer les projets. L’objectif est de sécuriser l’action locale et de donner aux petites villes des capacités d’intervention stables.

Au-delà des aspects techniques, le message porté s’inscrit dans une vision plus large du rôle des territoires. Les petites villes ne sont pas uniquement des exécutantes des politiques nationales. Elles sont aussi des espaces d’innovation économique et sociale, capables d’expérimenter des solutions adaptées aux réalités locales. Comme l’a souligné Frédéric Leveillé au cours des échanges, « il faut libérer l’intelligence économique des petites villes ». Leur capacité à articuler transition écologique, développement local et cohésion sociale en fait de véritables laboratoires de la transformation territoriale.

Municipales 2026 : dans les petites villes, l’écologie devient une question de sécurité et de cadre de vie

D’après une étude récente de l’Institut Terram et de l’ONG Project Tempo, l’environnement demeure une préoccupation majeure des électeurs à l’approche des municipales. Loin d’être cantonnée aux métropoles, cette préoccupation traverse aussi les petites villes, où elle se mêle aux enjeux très concrets de santé, d’eau, de services et de protection du quotidien. Pour les communes de 2 500 à 25 000 habitants, l’écologie est un levier central d’action publique.

À rebours de l’idée d’un recul de l’écologie dans le débat public local, les attentes citoyennes restent élevées. Selon l’étude publiée par l’Institut Terram et l’ONG Project Tempo, près des trois quarts des électeurs déclarent que les propositions environnementales des candidats compteront dans leur vote aux municipales. L’action des maires en la matière est d’ailleurs largement reconnue, avec plus de sept Français sur dix se disant satisfaits du bilan écologique de leur commune.

Pour autant, cette satisfaction n’efface pas un sentiment de retard face à l’ampleur des défis. Seul un tiers des habitants estime que sa commune est « en avance » sur la protection de l’environnement ou l’adaptation aux risques climatiques. Autrement dit, les élus locaux sont jugés utiles et légitimes, mais attendus sur des résultats plus visibles et plus structurels.

Cette attente prend un relief particulier dans les petites villes. Entre ruralité et centralités de services, elles cumulent des responsabilités fortes – écoles, équipements, mobilités, santé, attractivité commerciale – avec des moyens souvent limités. Les préoccupations environnementales y sont moins spectaculaires que dans les grandes agglomérations, mais plus directement liées au quotidien : qualité et disponibilité de l’eau, gestion des déchets, risques d’inondation, entretien des réseaux, chaleur dans les centres-bourgs minéralisés.

Dans ces territoires, l’écologie se vit moins comme une politique sectorielle que comme une question de protection. La notion même de « sécurité » s’élargit : au-delà de la délinquance, les habitants y associent la sécurité routière, économique… mais aussi environnementale et sanitaire. Canicules, pollutions, bâtiments énergivores, réseaux fragiles ou pénuries d’eau sont perçus comme des risques concrets qui appellent des réponses municipales immédiates.

Les mesures plébiscitées confirment cette approche pragmatique. Rénovation thermique des bâtiments publics et privés, développement du tri et de la réduction des déchets, plantation d’arbres, transports collectifs ou mobilités douces recueillent un soutien massif. Autant d’actions très opérationnelles, directement perceptibles, qui relèvent pleinement des compétences des communes de 2 500 à 25 000 habitants.

Reste la question du financement. Les Français soutiennent majoritairement des politiques écologiques si elles s’appuient sur une meilleure réorientation des dépenses existantes plutôt que sur une hausse d’impôts locaux. Pour les petites villes, déjà contraintes budgétairement, cela renforce la nécessité d’un accompagnement de l’État, d’outils d’ingénierie et de dispositifs adaptés à leur taille.

À quelques mois du scrutin, un enseignement s’impose : l’écologie municipale ne se joue ni dans l’affichage ni dans la seule symbolique. Dans les petites villes, elle se mesure à la capacité à « tenir » le quotidien, protéger les habitants, moderniser les équipements et préparer l’avenir. Autrement dit, à faire de la transition écologique un facteur de qualité de vie, de résilience et d’attractivité territoriale. C’est à cette condition qu’elle deviendra, pleinement, un projet municipal partagé.

Stress hydrique : 4 maires sur 10 s’inquiètent pour le prochain mandat

À l’approche des élections municipales, la question de la ressource en eau s’impose comme un enjeu structurant pour l’ensemble des collectivités, et tout particulièrement pour les petites villes, souvent en première ligne face à la raréfaction de l’eau et au vieillissement des infrastructures. Partenaire de l’APVF, la SADE a présenté, avec l’institut Odoxa, une enquête nationale inédite qui mesure l’ampleur des inquiétudes des maires et des citoyens face au risque de stress hydrique. Les résultats confirment la nécessité d’anticiper dès aujourd’hui les solutions techniques, financières et organisationnelles adaptées aux réalités des territoires.

Selon l’enquête Odoxa réalisée pour la SADE, 36 % des maires estiment que leur commune pourrait être confrontée à une situation de stress hydrique au cours du prochain mandat municipal. Cette donnée nationale recouvre l’ensemble des strates communales et traduit une prise de conscience partagée, qui concerne pleinement les petites villes, où la sécurisation de l’accès à l’eau potable et la continuité du service public constituent des priorités essentielles pour l’attractivité résidentielle et économique.

L’inquiétude atteint 45 % dans les villes moyennes et grandes et 48 % dans le quart Sud-Est, territoires particulièrement exposés aux tensions sur la ressource. Mais les petites villes, souvent gestionnaires de réseaux étendus et parfois vieillissants, sont tout autant concernées par la nécessité d’investir dans la modernisation des infrastructures, la réduction des pertes en réseau et le développement de solutions de réemploi.

La population exprime une sensibilité comparable : 39 % des Français estiment qu’une situation de stress hydrique pourrait toucher leur commune dans les six prochaines années. L’inquiétude est particulièrement marquée chez les moins de 50 ans (49 %), signalant une attente croissante d’actions locales concrètes en faveur de la préservation de la ressource.

Pour les petites villes, cette convergence entre élus et habitants souligne l’importance de construire des stratégies territoriales lisibles, associant sobriété, sécurisation des captages, interconnexions et modernisation des équipements.

Interrogés sur leurs priorités, 37 % des maires déclarent se concentrer d’abord sur les inondations et la protection des biens et des personnes, tandis que 34 % privilégient la raréfaction de la ressource en eau et les solutions de réemploi. 29 % affirment accorder une vigilance équivalente aux deux enjeux.

Cette répartition illustre une réalité bien connue des petites villes : la nécessité de concilier prévention des risques climatiques et sécurisation des services essentiels, dans un contexte budgétaire contraint et face à des infrastructures parfois anciennes.

L’enquête met également en lumière les positions des maires sur la tarification de l’eau. 66 % se déclarent favorables à un prix identique sur l’ensemble du territoire communal, et 61 % à une tarification modulée selon l’usage. En revanche, une majorité reste réservée face à un prix variant selon le niveau de stress hydrique (55 %) ou selon le budget des familles (62 %).

Pour les petites villes, ces résultats rappellent l’importance d’un modèle économique soutenable, garantissant à la fois l’équilibre financier des services d’eau et l’acceptabilité sociale des politiques tarifaires.

Télécharger l’étude « Les maires et le stress hydrique »

Transition écologique : un enjeu électoral désormais décisif dans les communes

À deux mois des élections municipales, une large majorité de Français affirme qu’elle serait réticente à voter pour un candidat remettant en cause les politiques locales de transition écologique. Une enquête Ifop publiée le 15 janvier met en évidence une attente forte de continuité des actions engagées, y compris dans les petites villes.

Une étude Ifop réalisée du 3 au 15 décembre 2025 pour le Réseau Action Climat et le Secours catholique révèle que 63 % des Français se disent « gênés » à l’idée de voter pour un candidat qui reviendrait sur les politiques de transition écologique déjà mises en œuvre dans leur commune. Dans le détail, 27 % se déclarent « beaucoup » gênés et 36 % « assez » gênés, traduisant un risque électoral réel pour les candidats porteurs d’un discours de recul environnemental.

L’enquête met en lumière une adhésion large et transversale à la transition écologique, loin de l’idée d’une préoccupation réservée à une minorité favorisée. Dans les quartiers populaires, 64 % des habitants interrogés expriment également cette gêne, confirmant que la transition est perçue avant tout comme un enjeu très concret de qualité de vie, de santé et de protection face aux effets déjà visibles du changement climatique.

Les résultats varient toutefois selon la taille des communes. Dans les communes de moins de 20 000 habitants, 57 % des sondés se disent gênés à l’idée de voter pour un candidat remettant en cause les politiques de transition écologique locales. Si ce taux est inférieur à celui observé dans les villes moyennes (70 %) et les grandes villes (72 %), il demeure nettement majoritaire. Il montre que, dans les petites villes, la transition écologique n’est plus un sujet secondaire mais un élément structurant du jugement porté sur l’action municipale.

Cette sensibilité s’explique par le caractère très tangible des politiques de transition à l’échelle des petites villes : aménagement des espaces publics, végétalisation, gestion de l’eau, rénovation des bâtiments communaux, mobilités du quotidien ou encore protection du cadre de vie. Ces actions, souvent visibles et directement liées aux compétences municipales, contribuent à renforcer l’idée que les politiques de transition constituent désormais un acquis local, dont le démantèlement serait politiquement risqué.

La question du financement de la transition fait néanmoins apparaître des nuances importantes dans cette strate. À l’échelle nationale, 53 % des Français estiment qu’il faut poursuivre les politiques de transition écologique, quitte à augmenter les investissements communaux. Ce soutien atteint 60 % dans les quartiers populaires, mais tombe à 49 % dans les petites villes. Cette prudence reflète les contraintes budgétaires plus fortes auxquelles sont confrontées ces communes et souligne l’importance, pour les élus locaux, d’articuler ambition écologique, soutenabilité financière et acceptabilité sociale.

Pour les petites villes, ces résultats livrent un enseignement clair : la transition écologique est désormais attendue par une majorité d’habitants et pèse sur les comportements électoraux, mais elle doit être portée avec un discours de pédagogie, de justice et d’adaptation aux réalités locales. À l’approche des municipales, l’enjeu pour les candidats n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais comment tenir le cap de la transition tout en répondant aux préoccupations concrètes des habitants.

Télécharger l’étude sur le regard des français sur la transition écologique et sociale à l’échelle municipale à 2 mois du scrutin

3 questions à…Anne-Sophie Louvel, Directrice Opérations et Territoires de Citeo

Cette semaine La lettre des Petites Villes pose 3 questions à Anne-Sophie Louvel, Directrice Opérations et Territoires de Citeo, pour mieux comprendre les enjeux de tri dans nos collectivités.

1/ Quel rôle concret joue CITEO pour les collectivités locales, et comment accompagnez-vous les petites villes dans la mise en œuvre du tri, du recyclage et de la gestion des déchets ménagers ?

Aux côtés des élus locaux depuis plus de trente ans, Citeo soutient les collectivités dans la mise en place d’un service public de prévention et de gestion des déchets adapté à chaque territoire, au coût le plus juste. Partenaire des territoires dans le cadre de la filière à responsabilité élargie du producteur (REP) des emballages ménagers et des papiers, nous accompagnons quotidiennement plus de 600 intercommunalités, qui rassemblent de nombreuses petites villes, pour améliorer leur service de collecte, favoriser le geste de tri des habitants et développer le réemploi local.

Concrètement, Citeo leur donne les moyens d’agir grâce à un diagnostic personnalisé, un appui technique et financier et des outils de mobilisation. Ensemble, nous partageons l’objectif d’atteindre les objectifs de collecte et de recyclage des déchets d’emballages et de papiers et, plus largement, de faire progresser l’économie circulaire sur l’ensemble du territoire.

2/ À l’approche des élections municipales de mars 2026, vous partagez six propositions pour coconstruire des territoires plus circulaires. Parmi ces leviers, lesquels vous semblent prioritaires pour les petites villes, et pourquoi ?

Nos six propositions visent à donner aux élus les moyens d’ancrer pleinement leurs territoires dans les objectifs d’économie circulaire. Elles offrent des solutions concrètes pour mieux collecter, recycler et réemployer, avec à la clé des résultats tangibles : réduction de l’empreinte écologique, gains économiques et amélioration du cadre de vie.

Les élus des petites villes peuvent s’emparer de certaines d’entre elles, au service de leur territoire. D’abord, ils peuvent soutenir des dispositifs ambitieux comme la tarification incitative, solution éprouvée pour diminuer le volume de déchet, favoriser le tri et réduire la facture du contribuable. Plébiscitée par 77% des Français, elle demande une réelle volonté politique et un important travail de pédagogie. Les élus des petites villes concernées jouent ainsi un rôle clé.

Le développement du réemploi est un autre défi majeur pour le prochain mandat. Les petites villes peuvent y contribuer, alors que deux tiers de leurs habitants estiment que les élus ont un rôle prioritaire à jouer sur ce sujet. En donnant l’exemple dans les services communaux de portage à domicile ou de restauration collective, mais aussi en favorisant cette pratique auprès des commerçants de leurs territoire.

3/ Au-delà du recyclage, CITEO promeut aussi la réduction et l’écoconception des emballages. Quelles sont, selon vous, les mesures les plus efficaces pour diminuer la production de déchets à la source, et comment les petites villes peuvent-elles en tirer parti ?

La réduction à la source est une priorité nationale, qui se traduit par un objectif de -15% d’emballages ménagers d’ici 2030. Citeo y contribue grâce à deux leviers : l’écoconception des emballages, en lien avec les entreprises, et la généralisation du réemploi, à travers le dispositif Reuse qui se déploie dans quatre régions (Bretagne, Hauts de France, Normandie, Pays de la Loire), pour proposer une offre d’emballages réemployables dans les grandes surfaces alimentaires.

Pour les petites villes, la réduction du gisement s’inscrit en cohérence avec les politiques locales de prévention des déchets. A la clé, ce sont des gains environnementaux et économiques, en limitant la collecte et le traitement des déchets d’emballages, ainsi que les coûts associés notamment générés par la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP).

En vue d’accélérer cette dynamique, nous devons porter un message collectif pour convaincre le citoyen de s’inscrire dans cette démarche tout en continuant à trier. À l’échelle locale, les ambassadeurs 3R, financés par Citeo, jouent un rôle clé de pédagogie auprès du citoyen.

 

Faites respirer vos territoires ! Un engagement attendu des élus locaux à l’aube de 2026

À l’approche des élections municipales et intercommunales de 2026, l’Association des petites villes de France est signataire d’une tribune collective publiée le 15 décembre 2025 dans La Gazette des communes, aux côtés d’élus, d’acteurs de la santé et de personnalités qualifiées. Ce texte appelle les candidats à faire de la qualité de l’air une priorité du prochain mandat, en tant qu’enjeu majeur de santé publique, de justice sociale et d’attractivité territoriale, au cœur de l’action locale.

La pollution de l’air constitue aujourd’hui l’un des principaux défis sanitaires auxquels sont confrontés les territoires. Un Français sur deux estime qu’elle a un impact sur sa santé, une perception confirmée par les données publiques : la pollution atmosphérique est la troisième cause de mortalité évitable en France, après le tabac et l’alcool. Invisible, diffuse, elle pèse lourdement sur les populations et sur les finances publiques. Son coût économique est estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, avec des effets particulièrement marqués dans les territoires les plus fragiles.

Pour les petites villes, cet enjeu est à la fois sanitaire, social et territorial. Améliorer la qualité de l’air, c’est protéger la santé des habitants, réduire les inégalités d’exposition, renforcer l’attractivité résidentielle et économique et améliorer durablement le cadre de vie.

Les collectivités locales, communes et intercommunalités, disposent de leviers d’action concrets pour agir efficacement. Réduction des émissions liées au trafic routier, développement des mobilités actives, accompagnement de la transition énergétique, amélioration de la qualité de l’air intérieur dans les équipements publics, soutien à des pratiques agricoles plus durables ou encore actions de sensibilisation : ces politiques relèvent pleinement de l’action municipale et intercommunale.

Dans de nombreuses petites villes, ces démarches sont déjà engagées. Elles produisent des résultats tangibles pour les habitants, tout en soutenant l’économie locale et en renforçant la cohérence des politiques de transition écologique.

La nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air, adoptée en 2024, fixe des objectifs ambitieux à l’horizon 2030, qui devront être transposés dans le droit français d’ici fin 2026. Ces exigences renforcées sont atteignables, à condition d’un engagement politique clair et d’un accompagnement effectif de l’État, notamment en matière de financement des mobilités décarbonées et des infrastructures moins polluantes.

Cette tribune rappelle que les collectivités ne pourront relever ce défi sans un soutien renforcé de l’État, dans le respect de leurs compétences et de leurs capacités financières. De plus, elle appelle à inscrire le droit à un air sain au cœur des priorités du prochain mandat municipal et intercommunal. Il ne s’agit pas seulement de répondre à une obligation réglementaire, mais de répondre à une attente citoyenne forte et de construire des territoires plus résilients, plus attractifs et plus justes.

Chaque décision locale compte. Une action coordonnée à l’échelle des bassins de vie est indispensable pour améliorer durablement la qualité de l’air.

Signataires de la tribune : Alliance des collectivités pour la qualité de l’air ; ANPP – Territoires de projet ; Association des petites villes de France ; Association Nationale des Élus des Territoires Touristiques ; Atmo France ; Les Écomaires ; Société Francophone de Santé et Environnement ; Francelyne Marano, professeure émérite, Université Paris Cité ; Docteure Béatrice Bénabès Jezraoui, allergologue.

Lien vers la tribune.

Bilan 2025-2035 de RTE : la France au défi de l’électrification

Le Bilan prévisionnel 2025 de RTE analyse l’évolution du système électrique français jusqu’en 2035 et met en évidence une situation atypique : une abondance d’électricité bas-carbone, issue de la bonne disponibilité du parc nucléaire, du retour à des niveaux normaux de l’hydraulique et de la croissance des énergies renouvelables, alors que la demande progresse trop lentement.

Cette combinaison crée une surcapacité temporaire qui pourrait devenir un atout, mais qui risque d’être durable si l’électrification ne s’accélère pas.

RTE note que la consommation reste inférieure aux niveaux d’avant la crise sanitaire. Les économies d’énergie, la sobriété induite par la crise de 2022 et un niveau d’activité industrielle hétérogène expliquent cette hausse limitée. La faiblesse de la demande contraste avec une production robuste, ce qui conduit le rapport à souligner que l’électrification des usages avance aujourd’hui trop lentement pour absorber pleinement l’offre bas-carbone et pour aligner le pays sur ses objectifs climatiques.

La France dans une position avantageuse pour s’électrifier

Le document présente deux trajectoires principales. La première, dite de « décarbonation rapide », suppose une accélération marquée de l’électrification dans l’industrie, les bâtiments, le transport et l’hydrogène. Elle conduirait la demande autour de 510 TWh en 2030 et près de 580 TWh en 2035. Cette trajectoire est la seule compatible avec les ambitions climatiques, car elle maximise le remplacement des énergies fossiles. RTE souligne toutefois que le rythme d’électrification constaté actuellement est trop faible pour garantir l’atteinte d’un tel scénario sans mesures additionnelles.

La seconde trajectoire, de « décarbonation lente », prévoit une consommation plus modérée : environ 470 TWh en 2030 et légèrement plus de 500 TWh en 2035. Elle reflète un développement insuffisant des projets industriels électro-intensifs, un retard dans la production d’hydrogène bas-carbone et une progression plus faible dans les usages résidentiels et tertiaires. Selon RTE, suivre cette trajectoire compromettrait les objectifs climatiques nationaux et européens et laisserait persister une partie de la surcapacité actuelle.

Le rapport insiste sur les dynamiques sectorielles. L’industrie représente le principal potentiel de croissance, mais la concrétisation des projets reste lente. Les datacenters constituent un autre poste de consommation croissant, sans toutefois compenser le retard global des autres usages. Quant à l’hydrogène, son développement reste incertain, avec un écart notable entre les annonces et les projets prêts au raccordement.

L’enjeu de l’électrification des usages

Pour accompagner la transformation future, RTE prévoit une montée en puissance de ses investissements, sans chiffrage global de long terme dans ce bilan, mais en soulignant la nécessité d’adapter rapidement le réseau : modernisation d’infrastructures existantes, création de nouvelles liaisons, raccordement des énergies renouvelables — notamment l’éolien en mer — et renforcement des capacités d’accueil pour les grands projets industriels. Le rapport met en avant que ces évolutions sont indispensables pour soutenir une électrification accrue, et non l’inverse.

Le bilan mentionne également les besoins croissants en flexibilité, en stockage et en pilotage. La variabilité des renouvelables et la montée des usages industriels demandent de renforcer l’ensemble des mécanismes d’équilibrage. Le nucléaire reste déterminant pour sécuriser les pointes hivernales, mais son rôle doit s’articuler avec une montée en puissance des autres moyens pilotables et de la flexibilité.

Les risques identifiés incluent : une électrification qui demeurerait insuffisante, des retards de raccordement, la non-réalisation de projets industriels et une coordination imparfaite entre acteurs publics et privés. À l’inverse, une électrification réellement accélérée permettrait de transformer la surcapacité actuelle en un avantage compétitif et climatique.

En conclusion, le Bilan prévisionnel 2025 place la France devant une opportunité : disposer d’un excédent bas-carbone aujourd’hui. Mais cet excédent n’aura de valeur stratégique que si la dynamique d’électrification — actuellement jugée trop lente — s’intensifie rapidement.

RTE est partenaire de l’Association des Petites Villes de France.

Suivre ce lien pour accéder au résumé exécutif du Bilan prévisionnel 2025-2035 : La France est dans une position avantageuse pour s’électrifier et atteindre ses objectifs climatiques | RTE